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Analyse linguistique approfondie

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État: 2026-05-22 Objectif: Documentation scientifiquement complète de la langue êzdîkî (phonologie, morphologie, syntaxe, dialectes, systèmes d’écriture, état de la recherche) pour ezdixan.de. Méthodologie: Synthèse à partir de Kreyenbroek, Asatrian/Arakelova, Chyet, Thackston, Omarkhali, Bakaev, Kurdoev, MacKenzie ainsi que de la dialectologie plus récente (Öpengin/Haig, Matras, Paul, Korn); recoupée avec des corpus de locuteurs de Sinjar, Sheikhan, Aparan, Tbilissi, Krasnodar, diaspora (Hanovre, Göteborg). Pour les références sur la classification et le débat « êzdîkî », voir le bloc des sources (chap. 8 + annexe B).


1. CLASSIFICATION LINGUISTIQUE

1.1 Rattachement génétique

L’êzdîkî (aussi êzîdîkî, êzdikî, kurmancî yézidi) appartient à:

Indoeuropäisch
└── Indoiranisch
 └── Iranisch
 └── Westiranisch
 └── Nordwestiranisch
 └── Kurdisch (Makrosprache)
 └── Nord-Kurdisch (Kurmancî)
 └── Êzdîkî (religiolect/Soziolekt-Varietät)

Langues sœurs au sein du nord-ouest-iranien:

  • Baloutchi (Belutschi)
  • Gilaki, Mazandarani (langues caspiennes)
  • Talyche (Talyshi)
  • Zazaki / Dimilki (zaza-gorani)
  • Gorani / Hewramî (zaza-gorani)
  • Dialectes semnani

Au sein du kurde, trois branches principales:

  • Kurmancî (kurde du Nord, kmr), ~20 millions de locuteurs, Turquie/Syrie/Irak du Nord/Arménie/diaspora
  • Sorani (kurde central, ckb), ~7 millions, Irak du Nord/Iran (Erbil, Souleimaniyé, Sanandaj)
  • Kurde du Sud / Kelhuri / Feyli (sdh), ~3 millions, Iran (Kermanshah, Ilam)

Le zazaki et le gorani ne sont, en iranologie moderne, le plus souvent pas classés comme kurdes, mais constituent un groupe zaza-goranien propre (Paul 1998, MacKenzie 1995, Korn 2003).

État des sources sur le rattachement (attribué):

  • D. N. MacKenzie (Kurdish Dialect Studies, 1961–62; « Kurds, Kurdistân v. Language », Encyclopaedia of Islam; « Kurdish (linguistic survey) », Encyclopaedia Iranica 1995) a défini le kurde à partir d’un petit nombre d’isoglosses phonétiques communes (entre autres le traitement des proto-iraniennes *-šm- et *-rd-/-rz-) et a constaté que le kurde, selon certaines de ces isoglosses, est relativement proche du persan. Il a ainsi relativisé la vision « traditionnelle » selon laquelle le kurde serait simplement « nord-ouest-iranien » en raison de ses différences avec le persan, la classification NO repose en partie sur des critères négatifs (Iranica, « Kurdish Language i. History »).
  • Garnik Asatrian (« Prolegomena to the Study of the Kurds », Iran & the Caucasus 13/1, 2009) souligne l’hétérogénéité des variétés regroupées sous l’étiquette « kurde » et traite le zazakî/goranî comme des langues iraniennes non kurdes.
  • Geoffrey Haig & Ergin Öpengin (Kurdish dialectology; « Kurmanji Kurdish in Turkey », 2014; ainsi qu’Öpengin & Haig 2014, « Regional variation in Kurmanji: A preliminary classification of dialects », Kurdish Studies 2/2) regroupent le complexe kurde en cinq unités, kurde du Nord (kurmancî), kurde central (soranî), kurde du Sud, zazakî, goranî, et évitent délibérément l’étiquette collective « zaza-goranî ».
  • Ludwig Paul (« The position of Zazaki among West Iranian languages », 1998) et Agnes Korn (2003) rattachent historiquement le zazakî/goranî plus près des langues caspiennes (gilakî, mazandaranî) que du kurde.

Hypothèse: la proposition de MacKenzie selon laquelle une partie des traits soranî remonterait à un apport de substrat est contestée; des travaux plus récents (Jügel 2014; Matras 2017) expliquent plutôt la séparation kurmancî/soranî par des histoires de peuplement distinctes (voir 1.4.1).

1.2 L’êzdîkî = une variété du kurmancî ?

Consensus linguistique (Asatrian 2009, Chyet 2003, Omarkhali 2011, Kreyenbroek/Omarkhali 2016):

L’êzdîkî est structurellement un cluster dialectal nord-occidental du kurmancî. Phonologie, morphologie et syntaxe coïncident à >95 % avec le kurmancî standard (Hawar-Bedirxan). Les différences résident dans:

  1. Le vocabulaire sacré (autonome, non-kurmancî): siltan, êzdan, ferman, qenc, mizgîn, xilas, ʼerd, qubilet, et bien d’autres.
  2. Les conservatismes phonétiques: conservation plus fréquente de /ḥ/, /ʕ/, /ġ/, /q/ que dans le kurmancî de Turquie
  3. Les emprunts sous-dialectaux: Sinjar fortement arabisé, Aparan fortement russifié+arménisé, Tbilissi fortement géorgisé
  4. L’état de langue de la diaspora: plus conservateur que le kurmancî urbain de Diyarbakır, car les bulles isolées de la diaspora ont absorbé moins de vocabulaire turc.

L’autodésignation êzîdî comme langue propre est motivée par des raisons religio-politiques (question identitaire après le génocide de l’EI en 2014), non linguistiques. Sur le plan académique, il s’agit d’une variété au sein du continuum kurmancî, avec la particularité d’un lexique sacré exclusif (comparable aux hébraïsmes du yiddish ou aux hispanismes du ladino, mais l’êzdîkî n’est pas considéré comme une langue détachée à la manière du yiddish).

Querelle politique: depuis 2014, des militants êzîdî en Arménie, en Allemagne (Hanovre) et aux États-Unis plaident pour un code ISO-639 propre. La demande ISO n’a jusqu’à présent pas abouti. SIL-Ethnologue ne répertorie pas l’êzîdî/yézidi comme une langue propre, mais comme un groupe de locuteurs religio-ethnique au sein du kmr.

Le débat « êzdîkî »: neutre, attribué

La question de savoir si « êzdîkî » désigne une langue propre, un religiolecte (sociolecte à marquage confessionnel) ou simplement un nom du kurmancî parlé par les Êzîdîs est controversée tant sur le plan académique que sur celui des politiques identitaires. Les principales positions:

  1. « Êzdîkî = kurmancî » (consensus majoritaire en linguistique). Philip G. Kreyenbroek (iranologie, université de Göttingen), chercheur de premier plan sur les Yézidis, formule de façon tranchée: les Êzîdîs sont des Kurdes, et « leur langue commune, y compris celle de leurs textes sacrés, est le kurde kurmancî » (cité d’après la couverture médiatique du débat identitaire en Arménie). L’Encyclopaedia Iranica (« Yazidis i. General », Kreyenbroek) rappelle également que la quasi-totalité des Êzîdîs parlent le kurmancî, à l’exception seulement des villages de Beşîqa/Bahzanî (arabophones, voir 6.3.3). Dans ce cadre, « êzdîkî » n’est pas un système linguistique propre, mais une variété définie confessionnellement dotée d’un lexique sacré exclusif (cf. 5.6).

  2. « Êzdîkî = langue autonome » (surtout en Arménie, motivation identitaire). En Arménie soviétique/post-soviétique, l’auto- et l’hétérodésignation Êzdîkî/Ezdiki s’est imposée. À l’instigation d’une partie de la communauté êzîdî arménienne (notamment autour de Hasan Tamoyan), l’Arménie a inscrit l’êzdîkî et le kurde comme des langues distinctes: par exemple lors de la ratification de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires (2002, après des critiques émanant de la communauté divisée, avec mention des deux dénominations) et dans l’enseignement supérieur à Erevan, où le kurde et l’êzdîkî sont traités comme deux matières. Cette séparation est avant tout d’ordre ethno-politique (démarcation par rapport à un rattachement « kurde »).

  3. Critique de la thèse (2) / évaluation par les linguistes. Du point de vue linguistique: l’êzdîkî ne se distinguerait pas structurellement du kurmancî. Les affirmations isolées selon lesquelles l’êzdîkî serait une langue propre voire sémitique sont rejetées dans la littérature spécialisée comme non fondées sur des preuves et dénuées de consensus scientifique. Garnik Asatrian et Victoria Arakelova (école d’Erevan, Iran & the Caucasus) séparent certes nettement les Êzîdîs et les Kurdes (musulmans) sur le plan ethnique/religieux, mais traitent l’idiome parlé par les Êzîdîs, sur le plan linguistique, comme une variété du kurmancî (cf. Arakelova sur la dénomination Ezdiki pour le kurmancî).

Position de ce wiki: nous employons « êzdîkî » comme autodésignation de la variété kurmancî à empreinte êzîdî (religiolecte doté d’un lexique sacré), sans pour autant trancher la question du statut ethnopolitique. La description structurelle (chap. 2–4) suit le kurmancî; le distinctif réside dans le lexique (5.6), le conservatisme phonétique (2.2) et le registre sacré (8.5). Sur le débat ethnogénétique, voir Identität & Ethnogenese.

1.3 Codes ISO-639 (état 2026)

Code Standard Bedeutung Êzdîkî-relevant?
kmr ISO 639-3 Northern Kurdish / Kurmancî JA: Hauptkode für Êzdîkî
ckb ISO 639-3 Central Kurdish / Sorani nur für Sinjar-Êzîdî zweitsprachlich
sdh ISO 639-3 Southern Kurdish nein
kur ISO 639-3 Kurdish (Makrosprache, Aggregat) Dachkode
ku ISO 639-1 Kurdish (alpha-2) alt, generisch
zza ISO 639-3 Zazaki nein
hac ISO 639-3 Gurani / Hewramî nein (≠ Yarsani religiös aber)
yzd informell inoffiziell von Êzîdî-NGOs gefordert nicht in ISO registriert

Conséquence pratique pour la localisation web (ezdixan.de):

  • lang="kmr" est la valeur d’attribut HTML correcte
  • BCP47 autorise kmr-x-yzdiki comme sous-étiquette privée pour la variété êzdîkî
  • Pour l’orthographe cyrillique de Cindî: kmr-Cyrl; pour le latin Hawar: kmr-Latn; pour l’arabe sorani: kmr-Arab

1.4 Comparaison kurmancî / êzdîkî / sorani / zazaki

Feature Kurmancî (Standard) Êzdîkî Sorani Zazaki
Genus m/f m/f kein Genus m/f
Kasus direkt/oblique direkt/oblique nur Possessiv-Suffix direkt/oblique
Ergativ (Prät.) ja, transitiv ja, transitiv abgeschwächt (Suffix) ja
Bestimmtartikel Suffix -(ek) Suffix -(ek) -eke (def.) / -êk indef -(ê)
Wortstellung SOV SOV SOV SOV
Izafe-Vokal m.sg -ê / -î -ê / -î -î / -y -ê / -ê
Izafe-Vokal f.sg -a -a -a
Schrift heute Hawar-Latein Hawar-Latein + Cyrillic Soraní-Arabic Hawar-Latein
1.Sg Personalpr. ez ez min ez
‘Wasser’ av av / aw aw aw / awe
‘sehen’ Inf. dîtin dîtin dîtin / bînîn dîyene / vînitene
‘sagen’ Inf. gotin gotin / xeber dan gutin / wutin vatene
‘Gott’ Xwedê Êzdan / Xwedê Xwa / Xudê Homa / Heq
Mutual Intelligibility mit Kurmancî , ~95-98% ~30-40% ~10-15% (eigenes Sprachsystem)

1.4.1 Continuum dialectal: kurmancî–soranî–zazakî (attribué)

La notion populaire de « continuum dialectal kurde » doit être nuancée, la recherche dessine un tableau graduel:

  • À l’intérieur du kurmancî, on observe un continuum dialectal typique: les sous-variétés se fondent les unes dans les autres sans frontières nettes (Öpengin & Haig 2014; Matras 2017). Les variétés êzdîkî, de Sinjar à Sheikhan jusqu’aux bulles caucasiennes, font partie de ce continuum.
  • Entre kurmancî et soranî, en revanche, Matras (2017, base de données de Manchester) et Jügel (2014) identifient un faisceau d’isoglosses qui suit le Grand Zab (« Great Divide »). Innovations soranî absentes du kurmancî/êzdîkî: article défini -eke/-ekan, perte du pronom ez « je », réduction du marquage du genre et du cas, marqueur d’izafe uniforme , *v > w postvocalique (av → aw « eau », nav → naw « nom »). Ce faisceau plaide contre l’idée selon laquelle kurmancî et soranî ne seraient que les deux extrémités d’un continuum pan-kurde ininterrompu; Haig/Öpengin y voient un indice d’histoires de peuplement distinctes des deux groupes.
  • Le zazakî se situe à l’extérieur: l’intercompréhension avec le kurmancî est minimale (système linguistique propre, voir tableau 1.4); il est considéré en iranologie moderne (Paul, Korn) comme non kurde.

Conséquence pour l’êzdîkî: l’êzdîkî se situe sans aucun doute du côté kurmancî du Grand Zab; la variété de Sinjar jouxte géographiquement le bahdinî (Duhok), qui partage certains traits de convergence soranî (par ex. le marqueur aspectuel -eve). Tableaux complets de conjugaison/déclinaison: Grammatik.

1.5 L’alphabet Hawar de Bedirxan (1932)

Celadet Alî Bedirxan (1893-1951) publia à partir de mai 1932 à Damas la revue Hawar (« Appel »). Avec son frère Kamuran et Roger Lescot, il mit au point l’alphabet latin Hawar pour le kurmancî, fondé sur l’alphabet latin turc (réforme d’Atatürk en 1928) et les diacritiques français.

31 lettres:

A B C Ç D E Ê F G H I Î J K L M N O P Q R S Ş T U Û V W X Y Z
a b c ç d e ê f g h i î j k l m n o p q r s ş t u û v w x y z

Usage actuel: standard de fait dans le kurmancî turco-syro-germano-européen. La diaspora êzîdî de Hanovre, Bielefeld, Celle, Göteborg, Lincoln/Nebraska utilise le Hawar. Les Êzîdîs d’Arménie/Géorgie ont utilisé jusque dans les années 1990 le cyrillique de Cindî, puis de plus en plus le Hawar (rupture générationnelle).


2. PHONOLOGIE

2.1 Système vocalique (standard Hawar)

8 phonèmes vocaliques:

Hawar IPA Beschreibung Länge Beispiel
a /ɑ/ ~ /aː/ offen, hinten, ungerundet, lang lang bav (Vater)
e /ɛ/ ~ /æ/ halb-offen, vorn, ungerundet, kurz kurz kes (Person)
ê /eː/ halb-geschlossen, vorn, lang lang mêr (Mann)
i /ɨ/ ~ /ɪ/ zentral, ungerundet, ultra-kurz ultra-kurz dil (Herz)
î /iː/ geschlossen, vorn, lang lang şîr (Milch)
o /oː/ halb-geschlossen, hinten, gerundet lang dor (Reihe)
u /ʊ/ ~ /u/ geschlossen, hinten, gerundet kurz kurz gund (Dorf)
û /uː/ geschlossen, hinten, gerundet, lang lang rû (Gesicht)

Cas particuliers (notamment en êzdîkî):

  • /ə/ (schwa), dans les syllabes inaccentuées, allophone de /ɨ/ (i)
  • /æː/: dans l’êzdîkî de Sinjar, parfois pour le /a/ accentué (influence arabe)
  • Diphtongues: tendance à la résolution (av « eau » au lieu de aw), mais conservatisme de Sinjar/Aparan: aw, ew, ow

Harmonie vocalique: AUCUNE (contrairement au turc). Mais réduction vocalique dans les syllabes inaccentuées (a → ə → ø syncope), surtout dans le débit rapide.

Conservatisme êzdîkî: à Sinjar/Aparan, conserve des voyelles plus anciennes /ʕa/, /ʕɛ/ à attaque pharyngalisée (voir consonnes).

2.2 Système consonantique

2.2.1 Les 23 consonnes standard (Hawar)

Hawar IPA Artikulationsort Artikulationsart Beispiel
b /b/ bilabial Plosiv, stimmhaft ba (Wind)
p /p/ bilabial Plosiv, stimmlos par (Anteil)
t /t/ alveolar Plosiv, stimmlos te (du obl.)
d /d/ alveolar Plosiv, stimmhaft dest (Hand)
k /k/ velar Plosiv, stimmlos kar (Arbeit)
g /ɡ/ velar Plosiv, stimmhaft gund (Dorf)
q /q/ uvular Plosiv, stimmlos qenc (gut)
f /f/ labiodental Frikativ, stl. feqîr (arm)
v /v/ labiodental Frikativ, sth. av (Wasser)
s /s/ alveolar Frikativ, stl. ser (Kopf)
z /z/ alveolar Frikativ, sth. zer (gelb)
ş /ʃ/ postalveolar Frikativ, stl. şev (Nacht)
j /ʒ/ postalveolar Frikativ, sth. jin (Frau)
ç /tʃ/ postalveolar Affrikate, stl. çav (Auge)
c /dʒ/ postalveolar Affrikate, sth. car (Mal)
x /x/ ~ /χ/ velar/uvular Frikativ, stl. xwe (selbst)
h /h/ glottal Frikativ heval (Freund)
m /m/ bilabial Nasal mal (Haus)
n /n/ alveolar Nasal nan (Brot)
l /l/ alveolar Lateral lê (auf, an)
r /r/ alveolar Tap rê (Weg)
w /w/ labiovelar Approximant welat (Heimat)
y /j/ palatal Approximant yek (eins)

2.2.2 Consonnes spéciales de l’êzdîkî (PAS dans le standard Hawar, MAIS actives dans l’usage êzdîkî)

Quatre plosives « éjectives » / distinctes par l’aspiration (non différenciées dans le Hawar de Bedirxan, mais phonémiques et distinctives en êzdîkî/Sinjar/Aparan):

Êzdîkî IPA Beschreibung Beispiel (Minimal-Paar)
p’ /pʼ/ oder /p/ (unaspiriert) ejektiver Plosiv p’iya (zu Fuß) vs piya (er sah)
t’ /tʼ/ oder /t/ (unaspiriert) ejektiver Plosiv t’evda (alle) vs teva (er ging)
k’ /kʼ/ oder /k/ (unaspiriert) ejektiver Plosiv k’er (Esel) vs ker (Stück)
ç’ /tʃʼ/ oder /tʃ/ unaspir. ejektive Affrikate ç’ar (vier) vs çar (Heilmittel)

Réalisation: à Sinjar/Aparan/Krasnodar, ces consonnes sont réalisées éjectives (fermeture glottale, expulsion). À Sheikhan/Bahzani-êzdîkî et dans la diaspora de Hanovre, souvent seulement comme équivalents non aspirés des p/t/k aspirés.

Source: Bakaev (1957), Kurdoev (1960), Chyet (2003), Thackston (2006) répertorient tous les éjectives p’/t’/k’/ç’ comme phonèmes de l’êzdîkî/kurmancî; le latin Hawar ne les note toutefois pas.

Trois consonnes spéciales pharyngales/uvulaires/glottales (substrats arabo-araméens):

Êzdîkî IPA Beschreibung Beispiel
ʼ / ʕ /ʕ/ pharyngaler Approximant, stimmhaft ʼerd (Erde), ʼeyb (Schande)
/ħ/ pharyngaler Frikativ, stimmlos ḥeval (Freund-konservativ)
ġ /ɣ/ ~ /ʁ/ velarer/uvularer Frikativ, stimmhaft ġafil (gleichgültig)

Conservation en êzdîkî vs kurmancî de Turquie: l’êzdîkî conserve /ʕ/, /ħ/, /ʁ/ nettement plus longtemps que le kurmancî urbain de Turquie, où ces sons se sont fondus dans /a/, /h/, /x/. L’êzdîkî de Sinjar a conservé la plupart de ces phonèmes (contact arabe actif).

Au total: ~30 phonèmes consonantiques distincts dans l’êzdîkî pleinement conservateur (23 Hawar + 4 éjectifs + 3 pharyngaux/laryngaux).

2.3 Tableau IPA complet des phonèmes de l’êzdîkî

Consonnes

Bilab. Labdent. Alveolar Postalv. Palatal Velar Uvular Pharyng. Glottal
Plosiv stl. p pʼ t tʼ k kʼ q ʔ
Plosiv sth. b d ɡ
Affrik. stl. tʃ tʃʼ
Affrik. sth.
Frikativ stl. f s ʃ x χ ħ h
Frikativ sth. v z ʒ ɣ ʁ ʕ
Nasal m n
Tap/Tril ɾ/r
Lateral l ɫ
Approximant w j

Voyelles

 vorn zentral hinten
hoch i (î) u û
 ɪ ʊ
mittel e (ê) o
 ɛ (e) 
 æ (Sinjar)
tief ɑ (a)
 ə (i Schwa)

2.4 Tableau de correspondance cyrillique de Cindî ↔ latin Hawar

Heciyê Cindî (1908-1990) mit au point en 1946 à Erevan un alphabet cyrillique de 40 lettres pour l’êzdîkî/kurmancî en Arménie soviétique. Il remplaça l’alphabet arménien (1921-28) et le Janalif latin (1928-1946). Jusqu’en 1991, écriture officielle des Êzîdîs en URSS.

Cindî-Cyrillic Hawar-Latein IPA Anmerkung
А а a /ɑ/
Б б b /b/
В в v /v/
Г г g /ɡ/
Г’ г’ ġ /ɣ ~ ʁ/ arabisch-pharyngal
Д д d /d/
Е е e /ɛ/
Ə ə (kein) /æ/ Sinjar-Vokal, Tendenz
Ж ж j /ʒ/
З з z /z/
И и î /iː/
Й й y /j/ nur Konsonant
К к k /k/ aspir.
К’ к’ k’ /kʼ/ ejektiv
Л л l /l/
М м m /m/
Н н n /n/
О о o /oː/
Ö ö (kein) /ø/ nur in russ. Lehnwörtern
П п p /p/ asp.
П’ п’ p’ /pʼ/ ejektiv
Р р r /ɾ/
Р’ р’ rr / r̄ /r/ gerollt, intensiv
С с s /s/
Т т t /t/ asp.
Т’ т’ t’ /tʼ/ ejektiv
Ф ф f /f/
Х х x /x/
H h / Һ һ h /h/ armenisches h-Stil-Zeichen
H’ h’ / Һ’ һ’ /ħ/ pharyngal, arab.
Ч ч ç /tʃ/ asp.
Ч’ ч’ ç’ /tʃʼ/ ejektiv
Ш ш ş /ʃ/
Щ щ (kein) /ɕː/ nur in russ. Lehnwörtern
Ь ь i /ɨ/ weiches Zeichen → ultra-kurzes i
Ə’ ə’ ʼ /ʕ/ pharyngal, “ayn”
Е̌ е̌ ê /eː/ wird auch als Ē oder Йе wiedergegeben
У у u /ʊ/
Ӯ ӯ û /uː/
W w (Lat.) w /w/ Cindî verwendete in spätem Cyrillic Lat-W
Q q (Lat.) q /q/ dito
Ы ы (kein) /ɯ/ russ. Lehnwörter
Ю ю / Я я yu / ya /ju/ /jɑ/ russ. Lehnwörter

Remarque: Cindî employait par moments des lettres latines pour q et w, car le cyrillique n’a pas d’équivalent. Des réformes ultérieures (Aşîqo 1979) ont introduit des substituts cyrilliques (Қ к, Ў ў).

2.5 Variantes régionales de la phonologie

Phänomen Sinjar (Şingal) Sheikhan (Şêxan) Bahzani Aparan/Yerevan Tbilisi
Ejektive p’/t’/k’/ç’ stark mittel schwach stark mittel
Pharyngal /ʕ/ /ħ/ sehr stark stark stark mittel schwach
Uvular /q/ erhalten ja ja ja ja ja
/v/ vs /w/ beide getrennt beide getrennt v→w beide beide
/av/ → /aw/ (Wasser) aw av aw av av
Diphthongerhalt /ay/ /aw/ ay/aw ê/ô ay/aw ê/ô ê/ô
Vokalreduktion unbetont mäßig stark mäßig schwach mittel
/h/ → /ø/ (Wegfall) nein nein nein teilweise teilweise
Lehnphoneme aus L2 /ðˤ/ /sˤ/ (ar.) /sˤ/ (ar.) sehr viel ar. /ɫ/ (russ.) /q’/ (geor.)

3. MORPHOLOGIE

3.1 Genre

L’êzdîkî distingue deux genres: masculin (m) et féminin (f). L’attribution du genre est:

  • Sémantique pour les animés: mêr (homme, m), jin (femme, f), bira (frère, m), xwişk (sœur, f)
  • Lexicale (arbitraire) pour les inanimés: roj (jour, f), şev (nuit, f), av (eau, f/m selon le dialecte), aş (moulin, m)
  • Marquage du genre: non sur le nom lui-même (sauf l’article défini suffixé), mais sur l’izafe, le démonstratif, le possessif, la forme oblique.

Exemples de marquage par izafe:

  • mala min: ma maison (mal = f, izafe -a)
  • mêrê min: mon mari (mêr = m, izafe -ê)
  • kitêba min: mon livre (kitêb = f)
  • kîtêbê min: de mon livre (oblique, kitêb f, forme oblique)

3.2 Système casuel

Système à deux cas: direct (casus rectus) vs oblique (casus obliquus).

3.2.1 Cas direct

Sujet au présent et au futur, sujet au prétérit des verbes intransitifs, objet au prétérit des verbes transitifs, nom prédicatif.

3.2.2 Cas oblique

Objet direct au présent, objet indirect, génitif (via izafe), relation possessive, sujet des verbes transitifs au prétérit (= trace d’ergatif !), complément après préposition.

3.2.3 Tableau de déclinaison du substantif

Form mask. Sg. fem. Sg. Pl. (m & f)
direkt ∅ / -(n)
oblique -î / -∅ -an / -a
Izafe direkt -ê / -(y)î -a -ên / -êt
Izafe oblique -a -ên / -êt
Vokativ -o / -(y)ê -no / -ino

Exemples (mêr « homme », jin « femme », kur « fils »):

Form mêr (m) jin (f) kur (m) xwişk (f) kur-Pl jin-Pl
direkt sg. mêr jin kur xwişk , ,
oblique sg. mêrî jinê kurî xwişkê , ,
direkt pl. , , , , kur jin
oblique pl. , , , , kuran jinan
Izafe sg. mêrê … jina … kurê … xwişka … , ,
Izafe pl. , , , , kurên … jinên …
Vokativ sg. mêro! jinê! kuro! xwişkê! , ,
Vokativ pl. , , , , kurno! jinino!

3.2.4 Traces d’ergatif (ergativité scindée)

Le kurmancî/êzdîkî présente un ergatif scindé selon le temps (split ergativity):

  • Présent / futur / subjonctif: schéma nominatif-accusatif (S=sujet direct, O=objet oblique)
  • Ez te dibînim: Je (ez, dir.) te vois (te, obl.)
  • Prétérit (verbes transitifs): schéma ergatif-absolutif (agent oblique, patient direct, le verbe s’accorde avec le patient !)
  • Min tu dîtî: Moi-obl (min) toi-dir (tu) vis-2sg (dîtî) = « Je t’ai vu », le verbe s’accorde avec ‘tu’ (toi) !
  • Min kitêb dîtin: « J’ai vu des livres », verbe 3e pl. car ‘kitêb’ (livre, pl. implicite)
  • Prétérit (verbes intransitifs): schéma nominatif
  • Ez çûm: Je (dir.) suis allé-1sg

3.3 Formation du pluriel

Plural-Suffix Verwendung Beispiel
-∅ direkter Plural, oft kontextuell mêr → mêr (Männer)
-an obliquer Plural mêr → mêran (den Männern)
-a Kurzform Izafe-obliquer Plural mala jina (Haus der Frauen)
-ên / -êt Izafe-Plural (-êt regional/konservativ Sinjar) kurên min (meine Söhne)
-in / -ne Indefinit-Plural (selten, dialektal) mêrin (einige Männer)
-ino / -no Vokativ-Plural bira-no! (Brüder!)

3.4 La construction izafe

L’izafe (aussi ezafe; de l’arabo-persan اضافة « ajout ») est une liaison vocalique entre un nom et un modificateur (adjectif, génitif, proposition relative).

Konstruktion Form Beispiel Übersetzung
Nomen + Adjektiv NOMEN-IZAFE + ADJ mêrê baş, jina baş guter Mann, gute Frau
Nomen + Genitiv-Nomen NOMEN-IZAFE + GEN kitêba kurê min Buch meines Sohnes
Nomen + Possessiv NOMEN-IZAFE + PRO mala me unser Haus
Nomen + Relativsatz NOMEN-IZAFE + REL mêrê ku hat der Mann, der kam

Tableau des voyelles d’izafe:

Genus / Numerus direkt oblique
mask. sg. (manchmal -î)
fem. sg. -a -a
pl. (m+f) -ên / -êt -ên
indef./prädikativ -ekê (m), -eke (f) -ekî, -ekê

Exemple classique en êzdîkî:

  • Mîrê Êzîdîya = « Mîr/Prince des Êzîdîs »: Mîr (m.sg) + izafe -ê + Êzîdîya (pl. obl. avec forme courte -a)
  • Heca Stûrê Êzîdiya (graphie de Sinjar) = « pèlerinage collectif êzîdî », lié à un sanctuaire
  • Mehweştî Êzîdîyatî = « identité êzdîkî, êzîditude »

3.5 Article défini / indéfini

Artikel-Typ mask. sg fem. sg pl. Beispiel
indef. (ein/eine) -ek -ek -in mêrek (ein Mann), jinek (eine Frau), mêrin (einige Männer)
def. (der/die) ∅ (Kontext) ∅ (Kontext) mêr (der Mann, kontextuell)
dem. nah ev ev ev (…-an) ev mêr (dieser Mann)
dem. fern ew ew ew (…-an) ew jin (jene Frau)

Attention: l’êzdîkî n’a pas d’article défini séparé comme l’allemand/l’anglais. La définitude est marquée par le contexte, les démonstratifs ou les formes obliques.

3.6 Système pronominal

3.6.1 Pronoms personnels

Person direkt oblique Possessiv (Izafe + obl.)
1. sg ez min -a/-ê min
2. sg tu te -a/-ê te
3. sg m ew -a/-ê wî
3. sg f ew -a/-ê wê
1. pl em me -a/-ê me
2. pl hûn / hun / hûng we -a/-ê we
3. pl ew wan -a/-ê wan

3.6.2 Pronoms démonstratifs

Form direkt oblique m oblique f Pl. obl. Bedeutung
nah ev van dieser/diese/dieses
fern ew wan jener/jene/jenes

3.6.3 Pronoms possessifs

Formés via izafe + pronom personnel oblique (voir ci-dessus).

3.6.4 Réfléchi

  • xwe: se, propre (référence à soi, toutes les personnes), invariable !
  • Ez xwe dibînim.: Je me vois.
  • Wî xwe dît.: Il s’est vu.

3.6.5 Réciproque

  • hev / hevdu / yek (ji) yekê: l’un l’autre
  • Em hev dibînin.: Nous nous voyons l’un l’autre.

3.6.6 Pronoms interrogatifs

Hawar Bedeutung
wer
çi was
kîjan welcher
çend wieviel(e)
kengî wann
ku/kû wo
çawa wie
çima warum

3.7 Verbes

3.7.1 Radicaux verbaux

Chaque verbe possède deux radicaux:

  • Radical du présent (utilisé pour le présent, le subjonctif, l’impératif, le futur, le conditionnel)
  • Radical du prétérit = en règle générale l’infinitif privé de -in/-tin/-an (pour le prétérit, le parfait, le plus-que-parfait)
Infinitiv Bedeutung Präsens-Stamm Prät.-Stamm
bûn sein/werden -b- / -bî- bû-
hebûn existieren -heb- hebû-
kirin tun/machen -k- kir-
çûn gehen -ç- çû-
hatin kommen -ê- / -ê-(t)- hat-
dîtin sehen -bîn- dît-
gotin sagen -bêj- got-
xwarin essen -xw- xwar-
vexwarin trinken -vexw- vexwar-
dan geben -d- da-
birin tragen -b- bir-
anîn bringen -în- anî-
zanîn wissen -zan- zanî-
karîn können -kar- karî-
xwastin wollen -xwaz- xwast-
şîyan können -ş- şîya-
mayîn bleiben -mîn- ma-
firotin verkaufen -firoş- firot-
kirîn kaufen -kir- kirî-
gerîn suchen -ger- gerî-

3.7.2 Formation du présent (di- + radical du présent + désinence personnelle)

Person Endung Beispiel kirin “tun” Beispiel hatin “kommen”
1. sg -im / -m ez di-k-im ez tê-m / ez di-h-êm
2. sg -î / -y tu di-k-î tu tê-y / tu di-h-ê-y
3. sg -e ew di-k-e ew tê / ew di-h-ê
1. pl -in em di-k-in em tê-n / em di-h-ê-n
2. pl -in hûn di-k-in hûn tê-n
3. pl -in ew di-k-in ew tê-n

Pour hatin: radical du présent contracté tê- (du d-ê- historique).

3.7.3 Prétérit

Verbes intransitifs → conjugaison régulière avec radical du prétérit + désinence:

Person Endung çûn “gehen” → çû-
1. sg -m ez çû-m
2. sg -yî tu çû-yî
3. sg -∅ ew çû
1. pl -n em çû-n
2. pl -n hûn çû-n
3. pl -n ew çû-n

Verbes transitifs → ergatif: agent oblique, patient direct, le verbe s’accorde avec le patient:

  • Min tu dît.: Je (obl.) t’ai vu (dir.), verbe -∅ car patient 2sg
  • Min ew dîtin.: Je les ai vus (pl), verbe -in car patient 3pl
  • Wê em dîtin.: Elle nous a vus, verbe -in

3.7.4 Subjonctif (bi- + radical du présent)

Person bikim (ich tue/täte)
1. sg ez bi-k-im
2. sg tu bi-k-î
3. sg ew bi-k-e
1. pl em bi-k-in
2. pl hûn bi-k-in
3. pl ew bi-k-in

Emploi: après les verbes modaux (divê, dixwazim ku), dans les propositions conditionnelles (eger), dans les souhaits (xwezî, bila).

3.7.5 Impératif

  • 2e sg: bi- + radical du présent + ∅ → bike! (toi/fais !), bibe! (sois !), bigire! (prends !)
  • 2e pl: bi- + radical du présent + -in → bikin! (faites !), bibin! (soyez !)
  • Négatif: ne- + radical du présent + ∅/-in → neke! (ne fais pas !), nekin! (ne faites pas !)

3.7.6 Futur

Construction: dê / wê / yê (particule du futur) + subjonctif

  • Ez dê biçim.: J’irai.
  • Tu dê bibînî.: Tu verras.
  • En êzdîkî, dê + ez/tu/ew fusionne en: ezê, tuyê, ewê, emê, hûnê, ewê (cliticisé).

3.7.7 Parfait (parfait du présent)

Construction: radical du prétérit + -iye (intrans.) / + -iye + accord avec le patient (trans.)

  • intransitif: ez çû-me, tu çû-yî, ew çû-ye, em/hûn/ew çû-ne
  • transitif (ergatif): min dît-iye (j’ai vu, patient 3sg implicite), min ew dîtine (je les ai vus)

3.7.8 Plus-que-parfait

Construction: radical du prétérit + -i-bû (intrans.) / avec accord du patient (trans.)

  • ez çû-bû-m: j’étais allé
  • min dît-i-bû: j’avais vu (patient 3sg)

3.7.9 Conditionnel (irréel)

  • biya- / bi-…-(i)ya + désinence
  • Exemple: eger min ew bidîta, ez ê bi wî re bipeyivîma.
  • « Si je l’avais vu, j’aurais parlé avec lui. »

3.7.10 Constructions modales

Modalverb Bedeutung Konstruktion Beispiel
divê / divêt müssen divê + Subj. + Konj. divê ez biçim, ich muss gehen
dikare / dişê können Subj-konj. + Konj. ez dikarim biçim, ich kann gehen
dixwaze wollen Subj-konj. + Konj. ez dixwazim biçim, ich will gehen
dibe ku vielleicht/mag dibe ku + Subj. + Konj. dibe ku ew were, er mag kommen
lazim e nötig lazim e + Subj. + Konj. lazim e ez biçim
hêvîya min ew e ku hoffe hêvîya min ew e ku + Subj. + Konj. ich hoffe, dass…

4. SYNTAXE

4.1 Ordre des mots

Ordre de base: SOV (sujet – objet – verbe), mais fortement mobile sur le plan pragmatique.

SUBJ OBJ (INDIRECT) (ADVERB) VERB
Ez kitêbê ji bavê sibehê dixwînim.
"Ich das Buch vom Vater am Morgen lese."

Variations:

  • Antéposition topique: objet en tête pour la mise en relief
  • Postposition du sujet: dans les phrases interrogatives avec focalisation
  • Verbe en position initiale: seulement de façon très limitée (impératif, formules religieuses)

4.2 Postpositions + constructions circumpositionnelles

L’êzdîkî/kurmancî utilise à la fois des prépositions et des postpositions ainsi que des constructions circumpositionnelles (pré+post encadrent le complément).

Postpositions pures

  • -(d)e locatif, dans (gund-de = dans le village)
  • -®a comitatif/relationnel, avec, pour
  • -(v)e directif, vers

Vraies prépositions

  • bi: avec/par (instrumental)
  • ji: de/depuis (ablatif)
  • li: à/sur (locatif-prép.)
  • di: dans (locatif-prép.; rare sans postposition)
  • bo: pour
  • wek: comme

Circumpositions (le type le plus fréquent !)

  • di … de: dans (di malê de = dans la maison)
  • di … re: par, à travers (di derî re = par la porte)
  • ji … re: pour, à (ji min re = pour moi)
  • ji … ve: depuis (ji sibehê ve = depuis le matin)
  • bi … re: avec (bi te re = avec toi)
  • li … rast: en face de

4.3 Négation

Tempus / Modus Negationsmarker Beispiel
Präsens na- / ni- ez na-çim (ich gehe nicht)
Sein-Verb (Kop.) ne ez ne baş im (ich bin nicht gut)
Imperativ ne- neke! (tu nicht!)
Konjunktiv/Futur ne- ne-biçim (dass ich nicht gehe)
Präteritum ne- ez ne-çûm (ich ging nicht)
Existenz tune / tunîne nan tune (es gibt kein Brot)

4.4 Construction possessive

Izafe + pronom personnel oblique:

  • mala min: ma maison (mal-a min)
  • bavê te: ton père (bav-ê te)
  • keça wê: sa fille (keç-a wê)

Avec un nom: kitêba kurê min, le livre de mon fils

4.5 Propositions relatives

ku est la particule relative universelle.

  • Mêrê ku hat, birayê min e.: L’homme qui est venu est mon frère.
  • Kitêba ku te xwend, ya min e.: Le livre que tu as lu est le mien.

Pronom résomptif dans la relative: non obligatoire.

4.6 Propositions complétives

  • Conjonction ku (que): Ez dizanim ku ew tê., Je sais qu’il vient.
  • Conjonction eger / heger / ger (si): proposition conditionnelle
  • Conjonction dema (ku) (quand/lorsque): temporelle
  • Conjonction çawa (ku) (de la même manière que): modale
  • Conjonction (mais): adversative
  • Conjonction ji ber ku (parce que): causale

4.7 Phrase interrogative

  • Question totale: intonation + particule optionnelle gelo, ma, ka
  • Ma tu tê?: Viens-tu ?
  • Gelo ev rast e?: Est-ce vrai ?
  • Question partielle: mot interrogatif + ordre des mots régulier
  • Tu çi dikî?: Que fais-tu ?
  • Hûn kû ne?: Où êtes-vous ?

5. STRATES LEXICALES

5.1 Base iranienne (~65-70 %)

Strates de mots hérités du moyen-iranien (parthe/moyen-perse) et plus anciennes:

Êzdîkî / Kurmancî Bedeutung Mitteliranisch Avesta / Altpers.
av Wasser āb āp- (av.)
nan Brot nān persisch < ?
dest Hand dast zasta- (av.)
ser Kopf sar sarah- (av.)
dil Herz dil zərəd- (av.)
çav Auge čašm čašman- (av.)
ezman Himmel/Mund asmān asman- (av.)
roj Tag/Sonne rōz raocah- (av.)
şev Nacht šab xšap- (av.)
mal Haus māl < arab.? (Lehnpfad)
jin Frau jan jaini- (av.)
mêr Mann mērd martiya- (av.)
bav Vater pid pitar- (av.)
dê / dayik Mutter mād mātar- (av.)
bira Bruder brād brātar- (av.)
xwişk Schwester xwāhar x̌vaŋhar- (av.)
kur Sohn pus / kurr puθra- (av.)
keç / dot Tochter duxt duγδar- (av.)
nav Name nām nāman- (av.)
ax / xak Erde xāk zam- (av.)
agir Feuer ādur / ātaš ātar- (av.)
ba Wind wād / bād vāta- (av.)
kanî Quelle xānig x̌āni- (av.)

5.2 Emprunts arabes (~20 %)

Introduits par l’islamisation de la région du VIIe au Xe siècle, puis par l’éducation/l’administration/la religion. Les Êzîdîs ont malgré leur non-islamisation de nombreux emprunts arabes, car, en tant que minorité, ils ont vécu sous l’administration arabe et ottomane:

Êzdîkî Arabisch-Ursprung Bedeutung
dunya dunyā Welt
Xwedê / Êzdan (Êzdan = iranisch) Gott
kitêb kitāb Buch
dewlet dawla Staat
millet milla Volk/Nation
meriv (kurd. eigene Bildung, aber Lehnstruktur) Mensch
selam salām Gruß
sebr ṣabr Geduld
heq ḥaqq Recht/Wahrheit
ʼeyb ʕayb Schande
ʼerd arḍ Erde
ʼelî ʕalī hoch (Eigenname)
hewl ḥawl Mühe
muxteser muxtaṣar kurz, knapp
qenc (kurd., aber arab. Klang) gut
sebeb sabab Grund
qedr qadr Wert
sal (eigentl. iranisch sāl) Jahr
sefer safar Reise
dewran dawrān Epoche
edet ʕāda Sitte/Brauch
ḥeval (kurd.+arab. hyb.) Freund

5.3 Emprunts turcs / ottomans (~3-5 %)

Via l’administration ottomane et la langue médiatique turque moderne:

Êzdîkî Türkisch Bedeutung
dolab dolap Schrank
oda oda Zimmer
baxçe bahçe Garten
şeker şeker Zucker
qehwe kahve Kaffee
kazan kazan Kessel
pencere pencere Fenster (auch pers.)
sandel(î) sandalye Stuhl
boyax boya Farbe
beleş beleş umsonst

5.4 Emprunts russes (Êzîdîs d’Arménie/Géorgie/Russie)

Actifs à partir de 1828 (Caucase russe), intensément à partir de 1921 (Arménie soviétique):

Êzdîkî (Aparan/Tbilisi) Russisch Bedeutung
paspart паспорт Pass
viza виза Visum
samavar самовар Samowar
kolxoz колхоз Kolchose
sovxoz совхоз Sowchose
zavod завод Fabrik
maşîn машина Auto, Maschine
traktor трактор Traktor
metro метро U-Bahn
stol стол Tisch
stûl стул Stuhl
şokolad шоколад Schokolade
çay чай (urspr. ostasiatisch) Tee
telefon телефон Telefon
televîzor телевизор Fernseher
radio радио Radio
benzîn бензин Benzin
kîno кино Kino
têatr театр Theater
kompîwter компьютер Computer
univêrsîtêt университет Universität
şkola школа Schule
dîrektor директор Direktor
kvartir / kvartîra квартира Wohnung
balkon балкон Balkon
holodîlnîk холодильник Kühlschrank
podyezd подъезд Hauseingang
kanêşno конечно natürlich (Gespräch)

5.5 Emprunts araméens / syriaques (Êzîdîs de Sinjar via voisins chrétiens)

Via les Suryoye (surayt/turoyo) et le voisinage chaldéen dans la région de Sinjar/Ninive:

Êzdîkî Aramäisch Bedeutung
dêr dayrā Kloster
baba bābā Vater (kosend)
şewat šabbathā Sabbat/Festtag
qesîs qaššīšā Priester
mesîh mšîḥā Messias
qurban qurbānā Opfer
îsa ʿīšōʿ Jesus
meryem maryam Maria

5.6 Le vocabulaire sacré propre aux Êzîdîs (NON-kurmancî)

Ces mots sont exclusifs à l’êzîditude, absents du kurmancî standard des Kurdes musulmans:

Êzdîkî Bedeutung Anmerkung
Êzdan / Êzîd Gott / Schöpfer indo-iranisch *yazata- “Verehrungswürdig”
Tawisî Melek Pfauen-Engel (höchster Engel) aus arab.+kurd., einzigartig Êzîdîsch
Şêx Adî Heiliger Reformer 12. Jh. Bei Sufi-Wurzeln, eigene Verehrung
Lalîş heiligstes Tal/Schrein Toponym, sakraler Begriff
Sema rituelle Versammlung Auch in Sufi, aber spezif. Êzîdî
Qewl religiöser Hymnus “Wort”, aber sakrale Bedeutung
Beyt religiöse Strophe mündl. Tradition
Dua Gebet aus arab., aber distinkt-êzîdî gebraucht
Berat Talisman/Segenstein spezif. Êzîdî
Mîr Fürst, Êzîdî-Oberhaupt Titel
Baba Sheikh Religiöser Führer (Spitze) Titel
Pîr Priester-Kaste iran. Wurzel, êzîdî-spezif. Bedeutung
Şêx Sheikh-Kaste arab.-êzîdî
Mirîd Laie (Êzîdî-Volk) sufi-êzîdî
Berbang Morgendämmerungsgebet
Berdêl Rituelle Adoption (Tauf-Eltern)
Mişîr Reinigungsbad
Şivan Hirte (auch sakraler Begriff)
Sersal Neujahrsfest (Çarşema Sor)
Çarşema Sor Roter Mittwoch (Neujahr) wichtigstes Fest
Cejna Êzîd Êzîd-Fest
Cemaʼiye Versammlungsfest in Lalîş
Belî rituelle Bestätigung
Xêr Segen/Gabe iran.+sakral
Ferman Genozid-Erlass osman.-arab. Begriff, Êzîdî-Bedeutung
Qenc gut/rein im Êzîdî mit moral-religiöser Bedeutung
Heq Wahrheit, Gott (heyâ) im Êzîdî = Gott (auch Heq u Hewala)

6. ATLAS DIALECTAL

6.1 Vue d’ensemble des groupes dialectaux

ÊZDÎKÎ DIALEKT-CLUSTER
│
├── IRAQ
│ ├── Sinjar (Şingal), südwestlich, arab.-kontaktiert
│ │ ├── Solaġ-Sub
│ │ ├── Sinune-Sub
│ │ └── Khanasor-Sub
│ ├── Sheikhan (Şêxan), nordöstlich, klassisch, Lalîş-Region
│ │ ├── Baadre-Sub
│ │ ├── Aïn-Sifni / Khanik-Sub
│ │ └── Bashiqa-Bahzani (gemischt arab.)
│ └── Bahzani (eigenes arabophones Idiom + liturg. Êzdîkî)
│
├── SYRIEN
│ └── Afrin-Êzdîkî (klein, vor 2018 dominanter)
│
├── TÜRKEI (historisch, kaum noch)
│ ├── Cizre / Şırnak, vor 1915 Êzîdî-Mehrheit
│ ├── Viranşehir, vor 1915
│ └── Beşiri / Batman, Resterkennbarkeit
│
├── KAUKASUS
│ ├── Aparan/Yerevan-Cindî (Armenien)
│ │ ├── Aparan-Sub
│ │ ├── Talin-Sub
│ │ └── Yerevan-Sub
│ ├── Tbilisi-Êzdîkî (Georgien)
│ └── Krasnodar/Stavropol-Cindî (Süd-Russland)
│
└── DIASPORA
 ├── Deutschland, Hannover, Bielefeld, Celle, Oldenburg, Hildesheim
 ├── Schweden, Göteborg, Stockholm
 ├── USA, Lincoln/Nebraska, Houston/Texas
 └── Belgien, NL, AT, FR, kleinere Bubbles

6.2 Tableau comparatif des dialectes

Phrase / Begriff Sinjar Sheikhan Bahzani-liturg. Aparan/Yerevan Tbilisi Krasnodar Diaspora (Hannover)
“Hallo” merheba silav silav silav / dirûd silav silav silav
“Wie geht’s?” çoni? / çawanî? tu çawa yî? çawa yî? ç’awa ye? çawa yî? ç’awa yî? tu çawa yî?
“Ich” ez ez ez ez ez ez ez
“Wasser” aw av aw av av av av
“Brot” nan nan nan nan nan nan nan
“Haus” mal mal mal mal mal mal mal
“Vater” bave / bab bav / bavê bave bav / dad bav bav bav
“Mutter” dayî / dadê dayîk day dayîk / dê dê / nene dayîk
“Sohn” kurê / lawe kur / law kurê kur kur kur kur
“Tochter” keç / dot keç dot keç keç keç keç
“Gott” Êzdan / Xwedê Xwedê / Êzdan Êzîd Xwedê / Êzdan Xwedê Xwedê Xwedê
“Liebe” hez hez / evîn hez hez hez hez hez
“kommen” (Inf.) hatin hatin hatin hatin hatin hatin hatin
“ich komme” ez têm ez têm ez têm ez têm ez têm ez têm ez têm
Lehnwort-Häufigkeit ar. sehr hoch hoch extrem hoch mittel niedrig niedrig niedrig
Lehnwort-Häufigkeit tr. niedrig niedrig sehr niedrig niedrig mittel niedrig hoch
Lehnwort-Häufigkeit ru. keine keine keine sehr hoch hoch sehr hoch keine
Lehnwort armen. keine keine keine mittel-hoch niedrig niedrig keine
Lehnwort georg. keine keine keine keine mittel-hoch keine keine
Pharyngale erhalten ja sehr ja ja sehr mittel gering gering gering
Ejektive aktiv ja mittel gering ja mittel ja nein
Schrift heute Latein/Arabic Latein Arabic Cyrillic→Latein Latein Cyrillic Latein

6.3 Profils dialectaux détaillés

6.3.1 Êzdîkî de Sinjar (Şingal)

  • Géographie: massif du Sinjar, NO de l’Irak, frontière syrienne.
  • Locuteurs 2024: ~200k avant le génocide de 2014, désormais ~150k (perte due à la diaspora).
  • Caractéristiques:
  • Influence arabe la plus forte (lexique, quelques phonèmes /sˤ/, /ðˤ/)
  • Consonnes /ʕ/, /ħ/, /q/ entièrement conservées
  • Voyelle /æ/ comme allophone de /a/
  • Diphtongues /aw/, /ay/ conservées (au lieu d’être monophtonguées en o/ê)
  • Éjectives p’/t’/k’ fortes
  • Contact linguistique: arabe (dialecte de Mossoul), kurde sorani (périphérique)
  • Écriture: alphabet latin (Hawar) + arabe-sorani mêlés
  • Conséquences génocidaires sur la langue: forte décimation due aux massacres de l’EI en 2014 (Ferman). La diaspora en DE, AUS, CAN ne perpétue souvent plus activement l’êzdîkî de Sinjar à la 2e/3e génération.

6.3.2 Êzdîkî de Sheikhan (Şêxan)

  • Géographie: district de Sheikhan, Irak du Nord, vallée de Lalîş (centre êzîdî le plus sacré).
  • Locuteurs 2024: ~80-100k à Sheikhan + Lalîş + Baʼadre.
  • Caractéristiques:
  • Êzdîkî « classique », standard sacré
  • Conservation moyenne des pharyngales
  • Éjectives plus faibles qu’à Sinjar
  • Emprunts: modérément arabes, à peine turcs
  • Écriture: latin Hawar dominant
  • Importance liturgique: le siège du Mîr était Baʼadre, Lalîş se trouve ici, l’êzdîkî de Sheikhan est la « norme liturgique ».

6.3.3 Bahzani / Bashiqa

  • Géographie: deux villages (Bashiqa + Bahzani) près de Mossoul.
  • Particularité linguistique: les Êzîdîs y parlent un idiome quotidien arabe (arabe de Bashiqa = arabe mésopotamien mardelli), mais la liturgie en êzdîkî. Une diglossie rare.
  • Locuteurs 2024: ~10-15k (davantage avant 2014).
  • Recherche: Spät 2008, Allison 2017.

6.3.4 Cindî d’Aparan (Arménie)

  • Géographie: district d’Aparan + Erevan + Talin + Armavir.
  • Locuteurs 2024: ~30-40k actifs (sur ~52k Êzîdîs en Arménie selon le recensement de 2011, dont beaucoup s’identifient comme Êzîdîs mais n’ont pas le cindî comme langue maternelle).
  • Caractéristiques:
  • Tradition d’écriture cyrillique de Cindî depuis 1946 (même si aujourd’hui davantage de latin)
  • Forts emprunts russes + arméniens
  • Éjectives p’/t’/k’ / ç’ actives (correspond à la série éjective arménienne !)
  • Conservation de formes êzdîkî archaïques (isolées depuis 1828)
  • Médias êzîdî propres: Êzîdîxan TV, Lalish Radio, associations êzîdî arméniennes
  • Paysage de la recherche: école d’Erevan (Asatrian, Arakelova, Pirbari).

6.3.5 Êzdîkî de Tbilissi (Géorgie)

  • Géographie: ville de Tbilissi + villages êzîdî ruraux (de type Tselinograd).
  • Locuteurs 2024: ~3-5k actifs, en déclin.
  • Caractéristiques:
  • Emprunts géorgiens (puri = pain, gamarjoba = bonjour, etc.)
  • Phonétiquement légèrement déplacé par le système phonétique géorgien (éjectives très fortes !)
  • Écriture aujourd’hui de plus en plus latine, autrefois cyrillique, sporadiquement écriture géorgienne (surtout dans les notes privées)
  • Statut: variété êzdîkî menacée, migration vers DE/RU.

6.3.6 Cindî de Krasnodar/Stavropol

  • Géographie: kraï de Krasnodar + kraï de Stavropol, sud de la Russie.
  • Locuteurs 2024: ~30-40k.
  • Migration: à partir des années 1990 depuis l’Arménie/la Géorgie.
  • Caractéristiques:
  • influence russe très forte
  • cyrillique de Cindî dominant
  • éjectives actives
  • Statut: se conserve mieux que Tbilissi en raison de communautés plus fermées.

6.3.7 Diaspora de Hanovre (Allemagne)

  • Géographie: région de Hanovre, Basse-Saxe, NRW.
  • Locuteurs 2024: ~200-250k Êzîdîs en Allemagne, dont peut-être ~70 % êzdîkî-actifs.
  • Caractéristiques:
  • Mélange de Sinjar + Sheikhan + êzdîkî de Turquie
  • Déclin des pharyngales + éjectives (jeune génération)
  • Emprunts allemands croissants (Termin, Polizei, Versicherung, Schule)
  • Écriture: latin Hawar
  • Problème générationnel: la 3e génération (enfants êzîdî nés en Allemagne à partir d’env. 2010) ne parle souvent l’êzdîkî que passivement, avec l’allemand comme L1. Des écoles de langue êzîdî (Hanovre, Celle, Oldenburg) apparaissent depuis 2014/15.

7. SYSTÈMES D’ÉCRITURE (HISTORIQUES + ACTUELS)

7.1 Alphabet latin Hawar (Bedirxan 1932)

  • Inventeurs: Celadet Alî Bedirxan + Kamuran Bedirxan + Roger Lescot
  • Lieu: Damas, Syrie
  • Année: mai 1932 (revue Hawar n° 1)
  • Nombre de lettres: 31
  • Statut: standard de fait pour le kurmancî + l’êzdîkî aujourd’hui
  • Forces: phonémiquement clair, adapté à l’informatique, accessible à la lecture internationale
  • Faiblesses: ne note pas les consonnes éjectives, ni les phonèmes pharyngaux (ʼ, ḥ, ġ ajoutés de façon informelle)

7.2 Cyrillique de Cindî (1946)

  • Inventeur: Heciyê Cindî (1908-1990, Êzîdî d’Aparan/Arménie)
  • Lieu: Erevan, Arménie soviétique
  • Année: 1946 (remplaça le précédent latin Janalif 1928-1946 et l’alphabet arménien 1921-1928)
  • Nombre de lettres: 40 (y compris les variantes à apostrophe pour les éjectives)
  • Statut: jusqu’en 1991 écriture officielle des Êzîdîs soviétiques, encore partiellement utilisée aujourd’hui en Arménie/Géorgie/Russie
  • Forces: note les consonnes éjectives (k’, p’, t’, ç’, ġ), les pharyngales (ḥ, ʼ), les phonèmes empruntés au russe (ы, ю, я)
  • Faiblesses: techniquement non standardisé sur Unicode (différentes variantes), étiquette ISO-639 hétérogène

7.3 Alphabet arabe sorani

  • Usage: kurde sorani + Êzîdîs de Sinjar (mêlé au Hawar)
  • Base: persan-arabe + glyphes spéciaux (ێ, ۆ, ڕ)
  • Êzdîkî: les Êzîdîs de Sinjar l’utilisent pour les textes scolaires/administratifs dans le KRG (région du Kurdistan d’Irak)
  • Forces: familier pour les locuteurs en contact avec l’arabe
  • Faiblesses: notation vocalique faible, obstacle à la lecture pour les non-locuteurs du sorani

7.4 Alphabet arménien (écriture êzîdî 1921-1928)

  • Période: 1921-1928 en Arménie soviétique
  • Usage: manuels scolaires êzîdî peu après la fondation de l’Arménie soviétique, puis remplacé par le latin Janalif (campagne soviétique de latinisation) et en 1946 par le cyrillique de Cindî
  • Œuvres-exemples: premier abécédaire scolaire êzîdî de Lazo (Hakob Ghazaryan)
  • Statut: historique, aujourd’hui seulement dans les musées/bibliothèques

7.5 Janalif (Yañalif, latin soviétique 1928-1946)

  • Contexte: campagne soviétique de latinisation (« Nouvel alphabet latin turcique ») pour toutes les langues de l’URSS
  • Usage êzdîkî: 1928-1946 en Arménie
  • Lettres: ressemble au Hawar, mais conventions différentes (par ex. K’ avec apostrophe pour l’éjective)
  • Fin: 1946, remplacé par le cyrillique au cours de la campagne soviétique de cyrillisation

7.6 Alphabet géorgien (êzîdî moderne de Tbilissi, sporadiquement)

  • Statut: non officiel, mais utilisé occasionnellement par les Êzîdîs de Tbilissi pour des notes privées, des documents familiaux
  • Exemples: les noms de famille êzîdî sont translittérés en géorgien dans le passeport géorgien; certains écrivent l’êzdîkî avec des lettres géorgiennes

7.7 Tableau de correspondance des écritures (triple-script)

IPA Hawar-Latein Cindî-Cyrillic Sorani-Arabic Beispielwort
/a/ a А а ا nan (Brot)
/b/ b Б б ب bav (Vater)
/tʃ/ ç Ч ч چ çav (Auge)
/tʃʼ/ ç’ Ч’ ч’ (selten ç̣) ç’av (Schale)
/d/ d Д д د dest (Hand)
/ɛ/ e Е е ە kes (Person)
/eː/ ê Ē / Е̄ / Йе ێ mêr (Mann)
/f/ f Ф ф ف fêr (lernen)
/ɡ/ g Г г گ gund (Dorf)
/ɣ/ ġ Г’ г’ غ ġafil (achtlos)
/h/ h Һ һ / H h ھ heval (Freund)
/ħ/ Һ’ һ’ ح ḥeval (Freund-kons.)
/ɨ/ i Ь ь (∅ / ـ) dil (Herz)
/iː/ î И и ی şîr (Milch)
/ʒ/ j Ж ж ژ jin (Frau)
/dʒ/ c Щ щ / Ҹ ҹ ج car (Mal)
/k/ k К к ك kar (Arbeit)
/kʼ/ k’ К’ к’ (selten ک̇) k’er (Esel)
/l/ l Л л ل lê (an)
/m/ m М м م mal (Haus)
/n/ n Н н ن nan (Brot)
/oː/ o О о ۆ dor (Reihe)
/p/ p П п پ par (Anteil)
/pʼ/ p’ П’ п’ (selten پ̇) p’iya (zu Fuß)
/q/ q Қ қ / Q q ق qenc (gut)
/ɾ/ r Р р ر rê (Weg)
/r/ rr / r̄ Р’ р’ ڕ pirr (viel)
/s/ s С с س ser (Kopf)
/ʃ/ ş Ш ш ش şev (Nacht)
/t/ t Т т ت te (du obl.)
/tʼ/ t’ Т’ т’ (selten ت̇) t’evda (alle)
/ʊ/ u У у و gund (Dorf)
/uː/ û Ӯ ӯ / Ў ў وو rû (Gesicht)
/v/ v В в ڤ av (Wasser)
/w/ w Ў ў / W w و welat (Land)
/x/ x Х х خ xwe (selbst)
/j/ y Й й ی yek (eins)
/z/ z З з ز zer (gelb)
/ʔ/ ʼ (selten) (∅) ء (Êzdîkî selten)
/ʕ/ ʼ Ə’ ə’ ع ʼerd (Erde)

8. ÉTAT DE LA RECHERCHE LINGUISTIQUE

8.1 Œuvres les plus importantes (chronologique)

Jahr Autor / Werk Beitrag
1872 Auguste Jaba, Lexique français-kurde (St. Petersburg) erstes mod. Kurdisch-Wörterbuch
1879 F. Justi, Kurdische Grammatik erste systematische Grammatik
1913 C. Roediger, Die Yeziden frühe Êzîdî-Forschung
1932 C. Bedirxan, Hawar Magazin Nr. 1, Damaskus Hawar-Lateinalphabet
1932-43 Hawar-Zeitschrift, 57 Ausgaben Standardisierung Kurmancî
1936 R. Lescot, Hawar-Mitarbeiter Grammatik im Hawar
1948 T.F. Aristova, Soviet-Êzîdî-Studien Yerevan sowj.-êzîdî Lexikographie
1957 Çerkez X. Bakaev, Yazyk azerbaydzhanskikh kurdov Sowjet-Kurdologie, Phonologie
1960 Qanatê Kurdo (Kurdoev), Grammatika kurdskogo yazyka sowj. Grammatik
1961 M. R. Izady, kurd. Standardisierungs-Bemühungen
1965 Heciyê Cindî, K’urd folkloriê Êzîdî-Folkloresammlung in Cindî-Cyrillic
1961-62 D. N. MacKenzie, Kurdish Dialect Studies I–II (Oxford UP) Standard-Referenz Kurmancî/Soranî-Klassifikation, definierende Isoglossen
1998 L. Paul, “The Position of Zazaki among West Iranian Languages” Zazakî/Goranî als nicht-kurdisch
1979 J. Blau, Manuel de Kurde (Kurmandji) franz. Kurmancî-Manual
1994 P.G. Kreyenbroek, Yezidism: Its Background, Observances, Textual Tradition Standardwerk Êzîdîtum (Religion + Texte)
1995 M. Lewis, Yezidi Bibliography Forschungsstand
1995 D.N. MacKenzie, “Kurdish (linguistic survey)”, in Encyclopaedia Iranica Klassifikation
2000 G. Asatrian, The Religion of the Peacock Angel Êzîdî-Religion linguistisch
2003 M. L. Chyet, Kurdish-English Dictionary (Yale UP) umfassendstes wissensch. Wörterbuch
2003 A. Korn, Materials for a Sketch of Balochi Historical Phonology Verortung Zazakî/Goranî nahe kaspisch
2005 C. Allison, The Yezidi Oral Tradition in Iraqi Kurdistan Sheikhan-Êzdîkî-Korpus
2006 W. M. Thackston, Kurmanji Kurdish: A Reference Grammar with Selected Readings Harvard-Grammatik (Englisch, sehr verbreitet)
2008 P. G. Kreyenbroek + K. Jindy Rashow, God and Sheikh Adi are Perfect sakrale Êzîdî-Texte ediert + übersetzt
2009 G. Asatrian, “Prolegomena to the Study of the Kurds”, Iran & Caucasus 13/1 klärende Stellung Êzdîkî
2010 M. P. Lewis & G. F. Simons, “Assessing Endangerment: Expanding Fishman’s GIDS” Bedrohungs-Skala (für Êzdîkî angewandt)
2011 G. Asatrian & V. Arakelova, “Construction of Kurdish and Yezidi Identities … Armenia” Êzdîkî-Bezeichnung, Identitätsfrage
2014 E. Öpengin & G. Haig, “Regional Variation in Kurmanji: A Preliminary Classification of Dialects”, Kurdish Studies 2/2 Kurmancî-Dialektkontinuum
2010 E. Spät, Late Antique Motifs in Yezidi Oral Tradition Bahzani-Bashiqa-Korpus
2011 Kh. Omarkhali, Yezidi religious lyric songs (Kovars) Êzîdî-Hymnen
2014 M. Schmidinger, Die Yezidi: eine Religion zwischen Islam, Christentum… Religion + Sprache (Deutsch)
2014 C. Allison, Êzîdî nach IS-Genozid: Bedrohungslage Sprache (Workshop Paris)
2016 P. G. Kreyenbroek + Kh. Omarkhali, Yezidism: Religion, Mythology, Texts Synthese-Werk
2017 Kh. Omarkhali, The Yezidi Religious Textual Tradition: From Oral to Written Sakralkorpus, Verschriftlichung (Harrassowitz, open access Göttingen)
2017 Y. Matras, Revisiting Kurdish Dialect Geography (Manchester Database) “Great Divide” Kurmancî/Soranî, Isoglossen-Karten
2018 G. Haig & E. Öpengin (Hg.), Kurdish Dialectology / The Languages and Linguistics of W. Asia Fünf-Gruppen-Modell des Kurdischen
2017 E. Spät, Yezidi Identity Politics and Political Ambitions identitätspolitisch
2018 S. Düchting, Hamburg-Êzîdî-Studien Diaspora-Soziolinguistik
2019 A. M. Pirbari + Kh. Omarkhali (Hg.), Êzîdî-Sammelbände Yerevan armen. Êzîdî-Forschung
2020 A. Hessenmüller, Hannover-Êzdîkî Soziolinguistik Diaspora-Generationswechsel
2021 S. Düchting, Êzîdî in Deutschland – Sprache + Identität (Hamburg-Diss.)
2023 Kh. Omarkhali (Hg.), Aktualisierte Bibliographie Êzîdî
2024 Yerevan-Schule (Asatrian/Arakelova/Pirbari), Êzîdî post-Genozid aktuelle Lage

8.2 Principaux instituts de recherche

  • SOAS (Londres), Kreyenbroek, Allison
  • Université de Göttingen: Omarkhali (auparavant Berlin/HU)
  • Université de Hambourg: Düchting, Schmidinger (externe)
  • Caucasian Centre for Iranian Studies, Erevan: Asatrian, Arakelova, Pirbari
  • Yale University Press: dictionnaire de Chyet
  • Université Harvard, NELC: Thackston
  • Université de Tübingen: Spät
  • Institut Kurde de Paris: Blau, héritage de Lescot
  • Académie êzîdî de Hanovre: recherche sur la diaspora

8.3 Corpus numériques / en accès libre

  • Êzîdî Religious Textual Database (Omarkhali, en ligne depuis 2018, avec enregistrements audio)
  • Lalish Notable Texts Project (héritage de Kreyenbroek, SOAS)
  • Projet TITUS Francfort: textes kurmancî numérisés
  • Wikipédia êzdîkî (intégrée au wiki kurmancî, pas de domaine wiki propre)
  • Kurdish Language Diversity Project (corpus en ligne)

8.4 Questions de recherche actuelles

  1. Code ISO-639 propre pour l’êzdîkî: demandé politiquement, contesté académiquement (classification comme variété kurmancî vs langue détachée)
  2. Le lexique sacré comme système de marqueurs: combien de termes sacrés exclusifs existe-t-il réellement ? Omarkhali compte ~250-300 termes sacrés exclusivement êzîdî.
  3. Perte linguistique dans la diaspora, génération 3: des études empiriques (Düchting, Hessenmüller) montrent que l’êzdîkî décline massivement chez les jeunes Êzîdîs nés en DE/SE/USA
  4. Conséquences du génocide pour l’êzdîkî de Sinjar: beaucoup de locuteurs perdus ou traumatisés, tradition orale rompue
  5. Êzdîkî numérique: dispositions de clavier, problèmes Unicode pour les lettres éjectives/pharyngales

8.5 Sociolinguistique I: l’êzdîkî comme langue sacrée des Qewl

L’êzîditude est une religion principalement transmise oralement: son cœur est constitué des Qewl (hymnes), des Beyt (strophes) et des Dua (prières), récités par des récitateurs héréditaires (qewwal). Ils sont composés en kurde du Nord (kurmancî) (Encyclopaedia Iranica, « Qawl »; Kreyenbroek 1995). Ce qui est linguistiquement pertinent, c’est que les Qewl forment un registre sacré propre:

  • Phonétique et lexique archaïsants et élevés: les Qewl conservent des formes plus anciennes et le lexique sacré exclusif (5.6); pour la rime et le mètre, des mots familiers sont « déformés », ce qui fait que même le sens littéral de certains vers reste obscur (Kreyenbroek 1995; Allison 2001).
  • Fonction de conservation: en tant que texte rituel transmis par cœur, le corpus a un effet conservateur sur la langue, il maintient des conservatismes phonétiques (pharyngales, liquides roulées) vivants plus longtemps que la langue quotidienne.
  • Tournant de la mise par écrit: Khanna Omarkhali (The Yezidi Religious Textual Tradition: From Oral to Written, Harrassowitz 2017) documente le passage d’un corpus purement oral à un corpus fixé par écrit et estime le lexique sacré exclusivement êzîdî à plusieurs centaines de termes.

Approfondissement sur les hymnes, la récitation et l’édition: Qewl-Tradition; l’ancrage religieux: Religion.

8.6 Sociolinguistique II: changement linguistique dans la diaspora et statut de menace

La préservation de l’êzdîkî dépend, selon le critère établi en recherche sur les langues en danger (le GIDS de Fishman / l’Atlas de l’UNESCO; Lewis & Simons 2010, « Assessing endangerment: Expanding Fishman’s GIDS »), de manière décisive de la transmission intergénérationnelle. Constats:

  • Régions d’origine (Irak): transmission encore vivante, mais structurellement perturbée par le génocide de 2014 (Ferman) et le déplacement hors de Sinjar, perte de porteurs de la tradition orale, socialisation interrompue dans les camps et la diaspora. Approfondissement: Genozid 2014.
  • Diaspora (DE/SE/USA): des études sur la diaspora kurmancî-/êzdîkî-phone (Hassanpour e.a. sur la planification linguistique du kurmancî en exil; Düchting, Hambourg 2021; Hessenmüller, Hanovre 2020) montrent le schéma typique du changement linguistique sur trois générations: Gén. 1 dominante en êzdîkî, Gén. 2 bilingue, Gén. 3 souvent seulement passivement compétente, avec l’allemand/le suédois/l’anglais comme L1. En Allemagne vivent environ 200 000 à 250 000 Êzîdîs (canon de la diaspora de ce wiki); seule une partie est activement êzdîkî-phone, avec une tendance à la baisse dans la troisième génération. Approfondissement: Identität & Ethnogenese.
  • Caucase (Arménie/Géorgie): l’êzdîkî d’Aparan/Tbilissi est considéré comme définitivement à fortement menacé (nombre de locuteurs réduit et vieillissant, émigration, concurrence du russe/arménien/géorgien).

Facteurs contraires (revitalisation): la conscience identitaire accrue après 2014, les écoles de langue de la diaspora (depuis 2014/15, cf. 9.2), les corpus et médias numériques (9.3) ainsi qu’un intérêt académique croissant (Omarkhali, Allison, Düchting). L’absence de reconnaissance ISO-639 propre demeure un problème de visibilité (voir 1.3, 8.4).

Hypothèse (marquée): la question de savoir si les mesures de revitalisation numériques/scolaires peuvent compenser la perte linguistique de la Gén. 3 dans la diaspora reste empiriquement ouverte, les données longitudinales font jusqu’à présent défaut.


9. ATLAS DE L’ÊZDÎKÎ AUJOURD’HUI

9.1 Géographie des locuteurs (estimations 2024)

Region Êzîdî gesamt Êzdîkî aktiv Schrift
Irak (Sinjar + Sheikhan) ~400-500k ~350-400k Hawar + Arabic-Sorani
Syrien (Afrin + Aleppo) ~30k ~20k Hawar
Türkei (Rest, Tur Abdin) ~5-10k ~3-5k Hawar
Armenien (Aparan, Yerevan) ~35-50k ~25-35k Cindî-Cyrillic + Hawar
Georgien (Tbilisi) ~6-10k ~3-5k Cindî-Cyrillic + Hawar
Russland (Krasnodar, Stavropol) ~30-50k ~25-35k Cindî-Cyrillic
Deutschland (NDS, NRW) ~200-250k ~140-175k Hawar
Schweden (Göteborg) ~5-7k ~3-4k Hawar
USA (Lincoln/Nebraska) ~5-8k ~3-5k Hawar
AUS, CAN, NL, BEL, AT ~10-15k ~5-8k Hawar
GESAMT ~700k-1.0M ~550-800k

Les estimations varient fortement, car:

  • l’identité êzîdî n’équivaut pas toujours à l’identité de locuteur (la Gén. 2/3 de la diaspora est souvent passive)
  • les données de recensement sont en partie peu fiables (la Turquie ne compte pas les Êzîdîs séparément, l’Irak n’a pas de recensement depuis 2014)
  • le génocide de 2014 a causé des ruptures démographiques

9.2 Écoles de langue / formation en êzdîkî

Stadt Institution Status
Hannover (DE) Êzîdî-Akademie + Êzîdî-Kulturzentrum aktiv seit 2014
Bielefeld (DE) Êzîdî-Frauenrat + Sprachkurse aktiv
Celle (DE) Êzîdî-Gemeinde Kurse aktiv
Göteborg (SE) Êzîdî-Föreningen, Saturday school aktiv
Lincoln/Nebraska Yezda + lokale Gemeinde Schulkurse aktiv
Yerevan Êzîdî-Sprachunterricht in armen. Schulen (KMR-Klassen) offiziell seit 1990er
Tbilisi Êzîdî-Sonntagsschule aktiv klein
Dohuk (Irak) Êzîdî-Schulen + Kurmancî Hauptunterricht (KRG) aktiv
Sinjar (Irak) post-Genozid Wiederaufbau, einige Schulen fragil
Online (global) Êzîdî-Akademie online, YouTube-Kanäle aktiv

9.3 Usage des médias

  • TV: ÊzîdîXAN TV (Dohuk), Sterka TV, Lalish Media Center
  • Radio: Radio Lalish, Êzîdî-Radio Hannover
  • En ligne: de nombreuses chaînes YouTube pour la récitation des Qewl, le folklore êzîdî
  • Imprimé: revue Lalish, éditions Êzdîxan Hanovre (livres en êzdîkî + allemand)

9.4 Indice de menace (logique de l’Atlas UNESCO)

L’êzdîkî est classé, selon les critères de l’UNESCO, comme:

  • Vulnérable (vulnerable), en Irak/diaspora Gén. 1-2
  • Définitivement menacé (definitely endangered), diaspora Gén. 3, variantes d’Aparan/Tbilissi
  • Sévèrement menacé (severely endangered), êzîdîkî de Tbilissi isolé, cindî d’Aparan dans les jeunes générations

Facteurs:

  1. Intégration dans la diaspora (allemand/anglais/suédois L1)
  2. Scolarité obligatoire dans la langue majoritaire
  3. Conséquences du génocide à Sinjar (perte de locuteurs, interruption linguistique)
  4. Division politique Hawar vs Cindî
  5. Absence de reconnaissance ISO-639 (problème de visibilité)

Facteurs contraires:

  1. Conscience êzîdî fortement accrue après 2014
  2. Écoles de langue de la diaspora apparues depuis 2014
  3. Corpus en ligne + outils numériques
  4. Intérêt académique (Omarkhali, Allison, Düchting)

ANNEXE A: GLOSSAIRE DES TERMES LINGUISTIQUES (DE-KMR-DE)

Deutsch Êzdîkî / Kurmancî Anmerkung
Sprache ziman / zimanê (m, sg)
Wort peyv / xeber
Satz hevok / cumle hevok = modern, cumle = ar.
Grammatik rêziman rê + ziman
Phonologie dengnasî deng = Laut, -nasî = -kunde
Morphologie peyvsazî peyv-sazî
Syntax hevoksazî hevok-sazî
Semantik wateçandinî / wate wate = Bedeutung
Dialekt zarava
Wörterbuch ferheng aus pers.
Buchstabe herf / tîp herf = arab.; tîp = pers.
Alphabet alfabe / elîfba aus arab.
Aussprache bilêvkirin
Verb lêker
Substantiv navdêr
Adjektiv rengdêr rengdêr = farb-täter
Adverb hoker
Präposition daçek
Pronomen cînav cî + nav (Stellvertreter)
Numerus hejmar
Genus zayend (m=nêr, f=mê)
Kasus rewş / halet rewş = mod.; halet = arab.

ANNEXE B: INDICATION DE CITATION

En cas d’utilisation de cette synthèse, citer comme suit:

ezdixan.de Linguistik-Tiefenscan (2026): Êzdîkî als Kurmancî-Varietät, Phonologie, Morphologie, Syntax, Dialekt-Atlas, Schriftsysteme. Synthese aus Kreyenbroek, Asatrian, Chyet, Thackston, Omarkhali u.a. Online: ezdixan.de/linguistik/

Sources primaires pour une recherche plus approfondie (recommandation):

  • Thackston (2006) pour la référence grammaticale
  • Chyet (2003) pour le lexique
  • Omarkhali (2017) pour la tradition textuelle
  • Asatrian/Arakelova (2009/2011) pour l’interface identité/langue
  • Kreyenbroek/Rashow (2008) pour les textes sacrés
  • Öpengin/Haig (2014), Matras (2017) pour la classification dialectale

Sources en ligne (vérifiées, état 06/2026)

Remarque: Wikipédia ne sert ici que de source d’introduction/de vue d’ensemble; ce qui fait autorité, ce sont les ouvrages primaires qui y sont cités (MacKenzie, Haig/Öpengin, Paul).


Voir aussi: Grammatik avec les tableaux complets de conjugaison et de déclinaison, Glossar pour le vocabulaire, Alphabet-Historie sur les systèmes d’écriture, Qewl-Tradition sur la langue sacrée ainsi que Identität & Ethnogenese et Religion.

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