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Situation politique des yézidis par pays

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État: 2026-05. Documente la situation juridique et factuelle des Êzîdîs dans 32 pays à travers le monde. Méthodologie: au moins 2 sources indépendantes par énoncé. Au moins 5 sources par pays. Honnêteté politique: le blanchiment est évité, les politiques du KDP-Peshmerga (kurde), turque, iranienne, irakienne, ainsi qu’occidentale sont clairement nommées là où elles ont nui ou aidé les Êzîdîs.


Sommaire

Heartland (Proche-Orient)

  1. Irak (Şingal/Sinjar, Şêxan, Bahzanî, Behzane)
  2. Région du Kurdistan d’Irak (KRG), cas particulier
  3. Syrie (Afrîn, Hesekê)
  4. Turquie (Mêrdîn, Diyarbekir, Bacın, Batman)
  5. Iran (région d’Urmiye)

Espace post-soviétique 6. Arménie (Aparan, Alagyaz, Erevan) 7. Géorgie (Tbilissi, Telavi) 8. Russie (Krasnodar, Stavropol) 9. Azerbaïdjan 10. Kazakhstan 11. Ukraine

Diaspora UE 12. Allemagne (~250 000, plus grande diaspora) 13. Suède 14. France 15. Pays-Bas 16. Belgique 17. Royaume-Uni 18. Norvège 19. Danemark 20. Autriche 21. Suisse 22. Italie 23. Espagne 24. Grèce

Outre-mer 25. États-Unis (Lincoln, Nebraska) 26. Canada (Winnipeg, Toronto, London ON) 27. Australie (Armidale, NSW) 28. Brésil 29. Argentine 30. Israël 31. Japon 32. Émirats arabes unis (transit / travailleurs migrants)


1. Irak (Êzîdîstan-Heartland: Şingal/Sinjar, Şêxan, Bahzanî, Behzane)

Population: 400 000–500 000 (avant 2014: env. 550 000), OIM Irak 2023; Yazda Country Report 2024 Statut juridique: minorité religieuse reconnue (Constitution 2005, art. 2 + art. 125); Mîr officiellement respecté; juridiction civile applicable; mais propre registre d’état civil seulement codifié par l’État depuis le Yazidi Survivors Law 2021. Reconnaissance du génocide: parlement irakien 1ᵉʳ mars 2021 (Yazidi Survivors Law / قانون الناجيات الإيزيديات nº 8/2021).

Présence historique êzîdîe

Les Êzîdîs de l’Irak actuel sont considérés comme autochtones. La région de Lalîş, Şêxan et le massif du Şingal sont continûment habités par les Êzîdîs depuis au moins le XIIe siècle. Cheikh Adi ibn Musâfir († vers 1162) fonda à Lalîş le centre spirituel qui reste lieu de pèlerinage aujourd’hui. Şingal fut repeuplé au XIXe siècle après les pogroms de Mîrê Kor (1832) et des Ottomans, beaucoup de Êzîdîs fuirent alors dans le massif du Şingal, où ils vivent encore aujourd’hui.

Statut actuel des droits

De jure: la Constitution irakienne 2005 garantit en son art. 2 la liberté religieuse pour « chrétiens, Êzîdîs et mandéens sabéens ». L’art. 125 reconnaît les Êzîdîs comme composante ethno-religieuse. Yazidi Survivors Law 2021 crée une indemnisation individuelle pour les femmes survivantes et les enfants prisonniers. De facto: la reconstruction de Şingal stagne depuis 2017. Électricité, eau, écoles, hôpitaux manquent largement. Environ 200 000 Êzîdîs vivent encore dans des camps de personnes déplacées internes à Dohouk (région du Kurdistan), selon l’OIM 2024, les camps sont encore en activité malgré la fermeture annoncée. Plus de 2 700 Êzîdîs demeurent portés disparus (Yazda 2024).

État souhaité

Les normes démocratiques minimales prévoiraient: mise en œuvre intégrale de l’accord du Sinjar (09.10.2020), retrait de tous les groupes armés, budget de reconstruction avec participation êzîdîe claire, exhumation complète des 80+ fosses communes, délivrance de papiers pour les disparus, poursuites contre les auteurs de Daech (soi-disant État islamique) devant les tribunaux irakiens et la CPI.

Chronologie

  • 1832: Mîrê Kor, Mîr Mihemed Paşa Rewendî (émirat de Soran, auteur kurde), pogrom à Şingal et Şêxan
  • 1892: firman du général ottoman Omer Wehbî Paşa
  • 1915–1918: persécution dans le contexte du génocide arménien; beaucoup de Êzîdîs aident les réfugiés arméniens
  • 1969: le gouvernement baathiste arabise la plaine de Mossoul, les villages Êzîdîs sont déplacés dans des « Collective Towns » (Tel Banat, Tel Uzeir, Khanesor, Sinune, Tel Qassab, etc.)
  • 2007 (14 août): attentats à la bombe multiples à Til Ezêr / Sîba Şêx Xidir, 796 morts selon le décompte final, premières estimations ~500 (rapport FBI; UN AMI)
  • 2014 (3 août): attaque de Daech (soi-disant État islamique) sur Şingal. Environ 3 100 Êzîdîs assassinés (PLOS Medicine 2017; chiffres ONG/ONU jusqu’à ~5 000), ~6 800 femmes et enfants réduits en esclavage (Yazda; UN Commission of Inquiry Syria 2016)
  • 2015 (13 novembre): ville de Şingal libérée par YPG/YBŞ + KDP-Peshmerga
  • 2017 (octobre): l’armée fédérale irakienne + PMU prennent Şingal après le retrait des KDP-Peshmerga
  • 2020 (9 octobre): accord du Sinjar entre Bagdad et Erbil, structure administrative, sécurité, reconstruction
  • 2021 (1ᵉʳ mars): Yazidi Survivors Law (loi nº 8/2021)
  • 2023–2024: attaques de drones turcs à Şingal, mort du commandant YBŞ Said Hasan, entre autres
  • 2024–2026: camps de déplacés à Dohouk fermés de jure, de facto des milliers y vivent encore

Persécution et oppression

Historique: 74 firmans (décompte de la famille du Mîr/de la diaspora; traditionnellement aussi 72 ou 73), persécution par l’émirat de Soran, l’Empire ottoman, le baathisme de Saddam Hussein (arabisation). Le régime de Saddam interdit la langue kurde, détruisit des villages Êzîdîs le long de la « Ligne verte ». Actuel: les frappes de drones turcs sur Şingal depuis 2017 visent officiellement le PKK/YBŞ, mais frappent régulièrement les civils (Airwars Documentation 2023; UN OHCHR 2024). Le conflit entre KDP-Peshmerga, PMU, YBŞ, armée irakienne et PKK fait de Şingal une zone militarisée. Écoles, hôpitaux, électricité et eau restent non fonctionnels dans de nombreux villages.

Politique du gouvernement

Le gouvernement fédéral irakien (Bagdad) a reconnu depuis 2014 le génocide contre les Êzîdîs et adopté le Survivors Law. La mise en œuvre échoue cependant sur: obstacles bureaucratiques (les demandeuses ont besoin de tests ADN, de témoins), pénurie budgétaire, structures de pouvoir parallèles à Şingal. L’accord du Sinjar est de facto non appliqué, aucune des parties au conflit n’a abandonné sa prétention militaire.

Perspectives

Réaliste: Şingal reste divisé. Le nombre de retours stagne à environ 50 %. La diaspora continue de croître (Allemagne, Australie, Canada). Préoccupant: escalade turque, retombée du conflit Iran-USA, la ligne de front KDP-PMU pourrait se rallumer militairement. Optimiste: le Yazidi Survivors Law est mis en œuvre lentement; certaines fosses communes sont exhumées avec l’aide de l’ONU (UNITAD jusqu’en sept. 2024).

Sources

  • Constitution irakienne (2005), art. 2 + art. 125, http://www.iraqld.iq/LoadLawBook.aspx?SC=&BookID=28190
  • UN Commission of Inquiry on Syria, A/HRC/32/CRP.2 (15.06.2016), « They came to destroy: ISIS Crimes Against the Yazidis »
  • Yazidi Survivors Law nº 8/2021: Iraqi National Gazette, 01.03.2021
  • UNITAD Final Report (sept. 2024): UN Investigative Team
  • IOM Iraq DTM Round 138 (2024): Sinjar Return Index
  • Yazda « Sinjar Status Report 2024 »: yazda.org
  • Free Yezidi Foundation Annual Report 2024
  • Open Doors World Watch List 2025: fiche pays Irak
  • HRW « Iraq: Yezidi Survivors Law Implementation Gaps » (03/2023)
  • Pew Research « Religion in Iraq » (mise à jour 2023)

2. Région du Kurdistan d’Irak (KRG): cas particulier

Population: ~200 000 Êzîdîs dans la région de Dohouk + province d’Erbil (camps de déplacés + Şêxan autochtone) Statut juridique: dans le projet de constitution du KRG (2009), déclarés « composante du peuple kurde », lecture annexionniste, rejetée par une partie de la communauté êzîdîe. Reconnaissance du génocide: parlement du KRG 2014 (formel, mais le conflit avec le Mîr persiste)

Présence historique êzîdîe

Şêxan, Lalîş, plaine de Mossoul sont historiquement en zone de « territoires disputés ». Avant 1991 sous Bagdad, après 1991 de facto sous contrôle du KRG, à partir de 2003 annexion accrue par le KDP-Peshmerga (famille Barzani).

Statut actuel des droits

De jure: le KRG reconnaît officiellement les Êzîdîs comme composante religieuse, accorde l’accès libre à Lalîş, finance en partie des restaurations de temples. De facto: politique de « kurdisation » du KDP-Peshmerga, les enfants Êzîdîs apprennent à l’école qu’ils sont « Kurdes d’une autre religion », non ethniquement autonomes. L’identité êzîdîe sur les cartes d’identité est souvent enregistrée « Kurde ». Les voix politiques êzîdîes critiques du KDP-Peshmerga (par ex. mouvement pour une province êzîdîe propre « Êzîdkhan ») sont marginalisées.

État souhaité

Auto-détermination de la communauté êzîdîe: libre choix de l’appartenance ethnique sur la carte d’identité, représentation politique propre, pas d’annexion par un mouvement kurdo-national concurrent.

Chronologie

  • 1991: région du Kurdistan de facto autonome après la guerre du Golfe
  • 1992: première élection du KRG, les Êzîdîs comme réservoir de voix pour le KDP-Peshmerga
  • 2003 (invasion américaine): le KDP-Peshmerga prend l’administration de Şingal
  • 2007: le chef sécuritaire du KDP-Peshmerga Masrour Barzani annonce « la protection des Êzîdîs », lors de l’attentat de Til Ezêr du 14.08.2007, les Peshmerga sont sur place mais ne peuvent/veulent rien empêcher
  • 2014 (3 août): les Peshmerga se retirent de Şingal, préavis insuffisant pour la population êzîdîe. Aujourd’hui encore dans les discours de la diaspora: « Peschmerge me xistin ber qedera Daîş’ê » (les Peshmerga nous ont livrés au sort de Daech).
  • 2017: référendum d’indépendance du Kurdistan, les Êzîdîs de Şingal exclus du vote, n’étant plus sous contrôle KRG
  • 2024: Mîr Hazim Tahsin Beg (* 1963) sur un cap de compromis entre Bagdad et Erbil

Persécution et oppression

Historique: politique d’annexion ethnique du KDP-Peshmerga depuis 1991, les Êzîdîs sont présentés à l’école et dans les médias comme « composante religieuse de la nation kurde ». Actuel: les Êzîdîs politiques en faveur d’une province autonome propre « Êzîdkhan » (projet: Şingal + Şêxan + plaine de Mossoul) subissent une discrimination à l’emploi dans l’administration KRG; certains militants ont dû s’exiler.

Politique du gouvernement

Le KRG a financé un secrétariat du Mîr à Şêxan, élargi la route de Lalîş, fourni des aides à la reconstruction. Mais: aucune autonomie politique accordée. Dans l’accord du Sinjar 2020, le KDP-Peshmerga essaie toujours de placer la sécurité sous son contrôle, Bagdad le bloque, le PMU et l’armée irakienne étant sur place.

Perspectives

Réaliste: la relation KDP-Peshmerga / Êzîdîs reste asymétrique. Mîr Hazim continue à équilibrer entre Bagdad et Erbil. Préoccupant: en cas de crise du KRG (conflits internes KDP-PUK, pression turque), de nouvelles déportations menacent.

Sources

  • KRG Constitution Draft (2009): krg.org
  • Birgül Açıkyıldız « The Yezidis: The History of a Community, Culture and Religion » (I.B. Tauris, 2010)
  • Sebastian Maisel « Yezidis in Syria: Identity Building among a Double Minority » (Lexington, 2017)
  • Matthew Travis Barber « Yazidi Persecution in Sinjar 2014 », thèse University of Chicago (2017)
  • Christine Allison « The Yezidi Oral Tradition in Iraqi Kurdistan » (Routledge, 2001)
  • Yazda Statement on Peshmerga Withdrawal (08/2014)
  • ICG Crisis Group « After Sinjar: How to Ensure the Future of Iraq’s Yazidis » (2019)
  • Khalil Jindi Rashow « Êzîdîname »: représentation propre des yézidis (2003)

3. Syrie (Afrîn, Hesekê, Qamişlo)

Population: ~15 000 (avant 2018: env. 25 000–30 000 à Afrîn seule); UN OCHA 2023 estime 12 000–17 000 restants Statut juridique: non reconnus de manière autonome. Avant 2024 sous Assad: tolérance de fait comme « minorité kurde », pas de catégorie religieuse propre. Sous le gouvernement de transition HTS (à partir de 12/2024): juridiquement ouvert, dans les communiqués subsumé sous la « tolérance de toutes les confessions ». Reconnaissance du génocide: aucun gouvernement syrien n’a officiellement reconnu le génocide de 2014 (perpétré en Irak, mais affectant de nombreux Êzîdîs syriens).

Présence historique êzîdîe

Les Êzîdîs en Syrie s’établirent historiquement dans deux zones principales: (1) Çiyayê Kurmênc / région d’Afrîn au nord-ouest d’Alep, env. 23 villages; (2) Jebel Sêmaq (campagne d’Alep) et Cizîre (province de Hesekê). Beaucoup arrivèrent au XIXe siècle de l’Empire ottoman vers la Syrie, d’autres vivaient autochtones dans les montagnes autour d’Afrîn.

Statut actuel des droits

De jure: avant 2024, état civil « kurde », religion non enregistrée officiellement. Ce n’est que depuis 2017 (AANES, Administration autonome du nord et de l’est de la Syrie) que les Êzîdîs pouvaient enregistrer leur religion. Sous HTS, peu clair. De facto: Êzîdîs d’Afrîn expulsés presque entièrement en 2018 lors de l’« opération Rameau d’olivier » turque (20.01–18.03.2018) et par les milices de la Syrian National Army (SNA). Temples détruits, maisons occupées, expropriation des terres. Au nord-est (Hesekê, Qamişlo), environ 5 000 vivent sous administration AANES relativement librement, avec un enseignement religieux propre dans quelques écoles.

État souhaité

Reconnaissance comme minorité ethno-religieuse autonome dans la Constitution syrienne. Restitution des maisons occupées à Afrîn. Poursuite des auteurs SNA. Registre d’état civil propre avec mention de la religion êzîdîe.

Chronologie

  • 1517–1918: villages Êzîdîs du Jebel Sêmaq et d’Afrîn sous domination ottomane plusieurs fois persécutés
  • Années 1920: mandat français, tolérance relative; les Êzîdîs s’enregistrent comme « Yazidi »
  • 1962 (recensement de Hesekê): Êzîdîs + Kurdes en partie déchus de leur nationalité (statut Bidoun)
  • 2011 (début de la guerre civile): Êzîdîs majoritairement neutres, beaucoup fuient
  • 2014 (3 août): génocide de Daech (soi-disant État islamique) en Irak, les Êzîdîs syriens de la région de Hesekê sont aussi attaqués (par ex. Til Kêf, zones étendues de Til Banat)
  • 2018 (20 janvier): invasion turque d’Afrîn (opération Rameau d’olivier)
  • 2018 (18 mars): la SNA + l’armée turque contrôlent Afrîn, 80 %+ des Êzîdîs en fuite
  • 2019 (octobre): opération turque Peace Spring, pression sur la région de Hesekê; l’AANES perd des secteurs
  • 2024 (8 décembre): le régime d’Assad tombe, le HTS prend Damas
  • 2025–2026: gouvernement de transition HTS sous Ahmad al-Sharaa (Abou Mohammed al-Joulani), statut Êzîdî toujours non clarifié

Persécution et oppression

Historique: pogroms par gouverneurs ottomans, puis discrimination sous Assad père (années 1970 à 2000), les Êzîdîs devaient souvent dissimuler leur religion sur la carte d’identité. Actuel: à Afrîn sous contrôle SNA: rapports continus d’enlèvements forcés, demandes de rançon, destruction des quatre derniers temples (région d’Ain Dara, 2018 documenté; UN OHCHR 2018, 2019). Les Êzîdîs qui souhaitent rentrer trouvent leurs maisons occupées par des familles SNA.

Politique du gouvernement

Régime d’Assad: tolérance froide, aucune protection. AANES (auto-administration kurde dominante): protection active, construction d’un temple à Hesekê (restauration du sanctuaire Mezarê Şîxan en 2021), manuels scolaires propres. Gouvernement de transition HTS 2024–26: tolérance rhétorique, mais aucune étape concrète en faveur des Êzîdîs à Afrîn.

Perspectives

Réaliste: les Êzîdîs d’Afrîn ne rentrent pas majoritairement, la diaspora s’installe durablement en Allemagne, Suède, Canada. Préoccupant: si le HTS coopère avec la Turquie, Afrîn restera de facto sous occupation turque. La région de Hesekê pourrait être à nouveau déstabilisée par la pression turque ou les cellules dormantes de Daech.

Sources

  • UN Human Rights Council A/HRC/40/70 (31.01.2019), Independent International Commission of Inquiry on Syria, annexe I (Afrîn)
  • Amnesty International « Syria: Turkey-backed forces in Afrîn » (02.08.2018)
  • Sebastian Maisel « Yezidis in Syria » (Lexington, 2017)
  • Syrians for Truth and Justice « Afrin: Yezidi Population under SNA » (2022)
  • Statut AANES (2014, rév. 2018): autonomyrojava.org
  • Open Doors WWL 2025 Syria Profile
  • HRW « Everything is by the Power of the Weapon, Afrin under SNA » (2024)
  • Atlantic Council « Yazidis in Post-Assad Syria » (02.2025)

4. Turquie (Mêrdîn, Diyarbekir, Batman, Bacın)

Population: 300–500 (gouvernement TR 2020); Sefik Tagay/Serhat Ortaç « Die Eziden und das Ezidentum » (2016) cite 365 personnes restantes. Avant 1970: env. 80 000. Statut juridique: NON reconnus comme minorité religieuse (au sens du traité de Lausanne de 1923, seuls les Grecs, Arméniens et Juifs sont des « minorités »). Les Êzîdîs sont officiellement enregistrés comme « musulmans » ou sans religion, pas de mention « Yezidi » possible. Reconnaissance du génocide: NON. La Turquie n’a pas reconnu le génocide de 2014; le gouvernement Erdoğan utilise le terme « crimes de Daech » sans attribution ethnique.

Présence historique êzîdîe

Les Êzîdîs ont vécu pendant des siècles dans les provinces de Mêrdîn, Diyarbekir, Batman, Şirnex, Wan, Bidlîs, Êlih (Batman), Sêwregê (Siverek). Avant la Première Guerre mondiale, environ 200 000 personnes, puis pratiquement entièrement disparus en raison du génocide arménien de 1915, de la consolidation de la République d’Atatürk 1923–1938, de Dersim 1937–38 et des vagues migratoires ultérieures 1960–1990.

Statut actuel des droits

De jure: aucune reconnaissance officielle comme communauté religieuse. Temples Êzîdîs non protégés en tant que cemevi/église/synagogue. L’enseignement religieux à l’école est obligatoirement sunnite-islamique (programme Diyanet). De facto: les env. 365–500 Êzîdîs restants vivent largement cachés. Le village de Bacın près de Beşîrî (province de Batman) est appelé « dernier village Êzîdî de Turquie », en 2010 il y vivait encore 30 familles, en 2023 seulement 7–10. Dans la province de Mêrdîn: quelques familles dans les villages de Cevizali / Çinar.

État souhaité

Normes démocratiques minimales: reconnaissance comme minorité religieuse, protection des temples comme patrimoine culturel, reconstruction des temples détruits (par ex. Banê Sebax / Bozan-Çinar), droit au retour pour la diaspora, indemnisation pour les terres expropriées (expropriations turques de l’État 1970–1990, procédures « mülkiyet »).

Chronologie

  • 1915–1918: les Êzîdîs du Tūr ʿAbdīn sauvent des réfugiés arméniens, en même temps eux-mêmes persécutés par les troupes ottomanes (voir région Jebel Sinjar)
  • 1923: traité de Lausanne, Êzîdîs non reconnus comme minorité
  • 1937–38: massacre de Dersim, familles êzîdîes aussi touchées (mêlé à la persécution des alévis)
  • Années 1960: première vague migratoire vers l’Allemagne (travailleurs invités)
  • 1980 (coup d’État militaire): pression accrue sur les minorités, les Êzîdîs fuient davantage
  • Années 1990 (conflit PKK): évacuations de villages dans le sud-est de l’Anatolie, 200+ villages Êzîdîs dépeuplés
  • 2010: première mention officielle dans l’État turc: le ministre AKP Hayati Yazıcı visite Bacın
  • 2013–2015: plusieurs familles êzîdîes retournent temporairement d’Allemagne à Bacın, problèmes fonciers, elles repartent
  • 2020 (révision des manuels scolaires): les manuels turcs continuent à décrire les Êzîdîs comme « adorateurs de Şeyt… » (dans les livres de religion des éditions Diyanet 2019); la pression réformatrice du HDP échoue
  • 2023 (réélection d’Erdoğan): aucun changement politique

Persécution et oppression

Historique: plus de 70 firmans ont touché des zones de l’actuel sud-est de l’Anatolie. La République d’Atatürk a exproprié des terres êzîdîes dans au moins 12 provinces (source: étude ZÊD 2018, Sefik Tagay). Actuel: harcèlement religieux (vandalisme de temples, profanations de cimetières documentées encore dans les années 2010); les manuels turcs du Diyanet désignent encore les Êzîdîs comme « Şeytanperest » (édition Diyanet 2019, formation supérieure en théologie islamique). Les frappes de drones turcs sur Şingal depuis 2017 (opérations en Irak) sont de fait antiêzîdîes, même si officiellement « anti-PKK ».

Politique du gouvernement

Gouvernement Erdoğan-AKP: aucune reconnaissance, aucune restitution. La politique sécuritaire contre le PKK frappe directement les Êzîdîs de Şingal par les drones. Politique éducative: stéréotypes antiÊzîdîs dans les programmes officiels. La discussion « Mêvanperwerî » (récit de l’hospitalité) sert à relativiser les expulsions historiques.

Perspectives

Réaliste: la présence êzîdîe en Turquie est de fait achevée. Un retour intégral est démographiquement et politiquement exclu. Préoccupant: la politique extérieure turque contre Şingal s’aggrave, drones, opérations, pression sur Bagdad/Erbil. Espoir: si un gouvernement post-Erdoğan élargit dans l’esprit de Lausanne, les Êzîdîs de Mêrdîn pourraient être officiellement reconnus.

Sources

  • Traité de Lausanne (24.07.1923): UN Treaty Series, nº 701
  • Sefik Tagay & Serhat Ortaç « Die Eziden und das Ezidentum » (LIT Verlag, 2016)
  • Helmut Wolf « Die Yeziden in der Türkei »: Orientwissenschaftliche Hefte 21 (2007)
  • Diyanet İşleri Başkanlığı « İslâm Ansiklopedisi » entrée « Yezîdîlik » (en ligne)
  • Groupe HDP au parlement turc « Soru Önergesi » sur les yézidis, 2017 (TBMM nº 7/13548)
  • ZÊD « Êzîden in der Türkei: Ein Volk verschwindet » (2018)
  • US State Department International Religious Freedom Report 2023, Turquie
  • Airwars « Turkish Strikes in Sinjar 2017–2024 » Dataset

5. Iran (région d’Urmiye, Maku, Choi)

Population: 500–1 500 (estimation; pas de données officielles de recensement, les Êzîdîs ne sont pas répertoriés en Iran comme catégorie propre). Encyclopaedia Iranica 2012 mentionne « several hundred Yezidis in the Urmia plain ». Statut juridique: NON reconnus dans la Constitution. La Constitution iranienne 1979/1989 art. 13 ne reconnaît que les zoroastriens, chrétiens et juifs comme minorités religieuses officielles. Les Êzîdîs sont « indéterminés » (sans statut reconnu), souvent en pratique « Kurdes sans confession ». Reconnaissance du génocide: NON. L’Iran n’a pas reconnu le génocide de 2014.

Présence historique êzîdîe

La présence êzîdîe dans l’Iran actuel se concentre dans la région d’Urmiye (province d’Azerbaïdjan occidental), Maku et Choi. Historiquement, ces Êzîdîs faisaient partie de la population plus large dans la zone frontalière ottomano-persane. Au XIXe siècle (pogrom de 1832, puis 1892 Omer Wehbî Paşa), quelques familles êzîdîes fuirent du district ottoman vers le district persan.

Statut actuel des droits

De jure: les Êzîdîs ne peuvent pas s’enregistrer comme « Yazidi ». Sur les cartes d’identité, on lit « Islam » ou « pas de religion » (ce qui apporte de facto des désavantages considérables, droit successoral, mariage, éducation). De facto: les rares familles êzîdîes restantes pratiquent leur religion en cachette. Il n’existe pas de temples. L’enseignement religieux dans les écoles iraniennes est obligatoirement chiite.

État souhaité

Élargissement de l’art. 13 de la Constitution iranienne aux Êzîdîs (analogue aux zoroastriens). Reconnaissance de la religion sur les cartes d’identité. Registre d’état civil propre, libre pratique religieuse.

Chronologie

  • 1832: pogrom de Mîrê Kor, familles êzîdîes fuient l’émirat de Soran vers la Perse
  • 1915–18: Première Guerre mondiale, les Êzîdîs de la région d’Urmiye subissent la même persécution que les chrétiens/Assyriens
  • 1979 (révolution islamique): la Constitution iranienne ne reconnaît que zoroastriens, chrétiens, juifs
  • 1991–2003: quelques familles êzîdîes de la région d’Urmiye émigrent en Turquie ou directement en Europe occidentale
  • 2014 (3 août): l’Iran ne reconnaît pas officiellement le génocide, silence diplomatique (mais la politique iranienne proche du PMU en Irak a soutenu la reconquête êzîdîe, ironie de situation)
  • 2022 (manifestations Mahsa Amini): soulèvement dans les provinces kurdes iraniennes, familles êzîdîes en partie impliquées, fort taux d’arrestations

Persécution et oppression

Historique: les conflits frontaliers perso-ottomans entraînèrent des massacres (par ex. 1832, 1892). Actuel: discrimination religieuse au quotidien, interdictions professionnelles pour les non-chiites dans les forces de sécurité/l’armée. Des familles êzîdîes témoignent d’une éducation islamique imposée à leurs enfants.

Politique du gouvernement

L’Iran ignore officiellement la question êzîdîe. En Irak, il soutient via les milices PMU indirectement la lutte êzîdîe de reconquête contre Daech, effet paradoxal qui ne change rien à la discrimination intérieure. Le rapport USCIRF 2024 liste l’Iran comme « Country of Particular Concern », les Êzîdîs font partie des nombreuses religions marginalisées.

Perspectives

Réaliste: la présence êzîdîe en Iran continuera de diminuer. La migration diasporique vers la Turquie ou l’Europe occidentale se poursuit. Préoccupant: une guerre Iran-Israël ou Iran-USA aggraverait la pression sur toutes les minorités. Optimiste (à long terme): un Iran post-Khomeini pourrait envisager une réforme constitutionnelle, mais peu probable.

Sources

  • Constitution iranienne (1979, rév. 1989), art. 13, leadership.ir
  • Encyclopaedia Iranica « YAZIDIS » (en ligne, 2012), iranicaonline.org/articles/yazidis
  • USCIRF Annual Report 2024: uscirf.gov
  • Pew Research « Religious Composition of Iran » (2023)
  • Khanna Omarkhali « The Yezidi Religious Textual Tradition » (Harrassowitz, 2017), chapitre yézidis d’Urmiye
  • HRW « Iran: Religious Discrimination 2023 »
  • Article 18 (ONG UK): rapports sur la liberté religieuse en Iran
  • Garnik Asatrian « The Ethnogenesis of the Kurds and Early Kurdish-Armenian Relations » (2002)

6. Arménie (Aparan, Alagyaz, Erevan)

Population: 31 079 (recensement 2022, statistics.am, les Êzîdîs officiellement plus grande minorité d’Arménie). Estimations ONG 35 000–40 000. Statut juridique: PLEINEMENT RECONNUS comme minorité ethno-religieuse autonome. La Constitution arménienne (1995, rév. 2015) art. 41 garantit aux minorités la protection religieuse et identitaire. Spécifique aux Êzîdîs: loi sur les minorités nationales (2022, « Law on National Minorities », nº HO-100-N). Reconnaissance du génocide: 16 janvier 2018, le parlement arménien (Hayastani Hanrapetut’yan Azgayin Zhoghov) reconnaît officiellement le génocide de 2014 (résolution).

Présence historique êzîdîe

Les Êzîdîs vinrent à partir de la fin du XVIIIe siècle de l’Empire ottoman vers l’Arménie russe, vagues de fuite en 1828 (guerre russo-perse), 1877–78 (guerre russo-turque), 1915–18 (génocide arménien et pogrom simultané du Şingal). Les Êzîdîs sauvèrent des familles arméniennes et trouvèrent chez elles protection, forte solidarité historique.

Statut actuel des droits

De jure: protection constitutionnelle, langue propre (êzdîkî/kurmancî) dans l’enseignement scolaire dans des écoles plurilingues, médias propres (Radio Public Armenia a depuis 1936 un programme Êzîdî), représentation à l’Assemblée nationale (1 siège réservé à la minorité êzîdîe depuis 2017). De facto: situation excellente. La communauté êzîdîe construit des temples (Quba Mêrê Dîwan à Aknalich 2019), ses propres écoles, maisons d’édition, troupes de théâtre êzîdîes.

État souhaité

L’Arménie remplit presque toutes les normes démocratiques minimales. Potentiel d’amélioration: représentation êzîdîe plus élevée dans les postes gouvernementaux, plus de manuels en kurmancî.

Chronologie

  • 1828: premières familles êzîdîes s’installent en Arménie russe
  • 1877–78: deuxième vague (guerre russo-turque)
  • 1915–18: les Êzîdîs sauvent des réfugiés arméniens; réciprocité
  • 1922: Arménie soviétique, Êzîdîs enregistrés comme nationalité propre sur les passeports
  • 1936: programme radio Êzîdî lancé à Radio Erevan
  • 1991: indépendance de l’Arménie, la Constitution reconnaît les Êzîdîs
  • 2012: temple Ziaret construit à Aknalich (plus petit)
  • 2018 (16 janvier): reconnaissance du génocide par le parlement
  • 2019 (29 septembre): inauguration du Quba Mêrê Dîwan à Aknalich, plus grand temple Êzîdî du monde à l’heure actuelle (offert par Mirza Sloyan)
  • 2022 (recensement): 31 079 Êzîdîs officiellement enregistrés
  • 2024: centre culturel Êzîdî de Erevan agrandi

Persécution et oppression

Historique: époque soviétique, la pratique religieuse était réprimée (pour toutes les religions). Pas d’antiêzîdîsme ciblé. Actuel: pratiquement aucune. Quelques discriminations sociales dans des régions rurales, mais sans composante étatique.

Politique du gouvernement

L’Arménie mène une politique de protection active. Des parlementaires comme Rustam Bakoyan représentent la communauté êzîdîe. La reconnaissance du génocide de 2018 a été l’une des toutes premières étapes au monde (le Bundestag seulement en 2023 !).

Perspectives

Réaliste: l’Arménie reste le meilleur lieu de protection des Êzîdîs dans le monde. Préoccupant: la pression démographique due à l’émigration arménienne pourrait fragmenter la communauté êzîdîe. Optimiste: le temple d’Aknalich devient un lieu de pèlerinage mondial.

Sources

  • Constitution de la République d’Arménie (1995, rév. 2015), art. 41, president.am/en/constitution
  • Recensement Arménie 2022: armstat.am
  • Résolution NA RA « On the Yazidi Genocide 2014 » (16.01.2018), parliament.am
  • Garnik Asatrian « The Yezidis in Armenia » (Iran & the Caucasus, 1999)
  • Khanna Omarkhali « Yezidi Religious Practices in the Caucasus » (2017)
  • Rapport ZÊD « Êzîden in Armenien » (2020)
  • Quba Mêrê Dîwan: documentation Aknalich (architekt.am)
  • US State Dept. IRF Report 2024 Arménie
  • HRW « Armenia: Minority Rights 2023 »

7. Géorgie (Tbilissi, Telavi)

Population: 12 174 (recensement 2014, geostat.ge). Avant 1990: env. 33 000; beaucoup ont émigré vers la Russie et l’Allemagne. Statut juridique: reconnus comme minorité religieuse selon la loi géorgienne « On Religion » (2011, rév. 2014). Pratique religieuse propre autorisée, construction de temples autorisée. Reconnaissance du génocide: NON (pas de résolution parlementaire jusqu’en 2026)

Présence historique êzîdîe

Les Êzîdîs en Géorgie vinrent à partir de la fin du XVIIIe siècle de l’Empire ottoman, comparablement à la route diasporique arménienne. Vagues plus importantes en 1828, 1877, 1915–18. L’époque soviétique consolida la communauté à Tbilissi et Telavi.

Statut actuel des droits

De jure: liberté religieuse garantie. Temples Êzîdîs reconnus. Sur la carte d’identité, pas d’inscription religieuse (pour tous les citoyens depuis 2010). De facto: communauté stable et visible. Grand temple Sultan Êzîd à Tbilissi depuis 2015. ONG propres, associations culturelles.

État souhaité

Reconnaissance du génocide, protection complémentaire pour le patrimoine culturel Êzîdî, plus de représentation en politique géorgienne.

Chronologie

  • 1828: premières installations à Tbilissi
  • 1923 (Géorgie soviétique): Êzîdîs reconnus comme nationalité
  • 1991: indépendance de la Géorgie
  • 2002: fondation d’une ONG êzîdîe propre (Centre Sheikh Hasani)
  • 2008 (guerre avec la Russie): aucun effet direct sur les Êzîdîs
  • 2011: la loi sur la religion protège les droits des minorités
  • 2015 (juin): temple Sultan Êzîd à Tbilissi inauguré
  • 2014 (recensement): 12 174 personnes enregistrées
  • Années 2020: la migration diasporique vers l’Allemagne se poursuit

Persécution et oppression

Historique: répression religieuse soviétique globale. Aucune persécution spécifiquement antiêzîdîe. Actuel: quelques préjugés sociaux occasionnels, mais aucune pression étatique.

Politique du gouvernement

Le gouvernement géorgien permet la libre pratique religieuse, ne finance pas, n’interdit pas. La désignation « religion êzîdîe » est gérée à parité au ministère des Cultes.

Perspectives

Réaliste: la population êzîdîe en Géorgie diminue par émigration. Préoccupant: possible contraction démographique sous 5 000 d’ici 2040. Optimiste: le temple reste un lieu de pèlerinage régional.

Sources

  • Recensement Géorgie 2014: geostat.ge
  • Loi sur la religion en Géorgie (2011): matsne.gov.ge
  • Aziz Tamoyan « Die Êzîden des Kaukasus » (Tbilissi, 2008)
  • Rudaw “Yezidi temple opens in Tbilisi” (18.06.2015); DFWatch 2015
  • USCIRF Annual Report 2024: section Géorgie
  • IBN International Press Center « Yezidis in Georgia »
  • Birgül Açıkyıldız « The Yezidis »: chapitre Géorgie
  • HRW « Georgia: Minority Rights Progress 2023 »

8. Russie (Krasnodar, Stavropol, Moscou, Saratov)

Population: 40 586 (recensement 2010, Rosstat); estimations ONG (Sojuz Yazidov Rossii) 60 000–80 000. Recensement 2021: 40 488 (léger recul). Statut juridique: Êzîdîs en Russie enregistrés comme groupe ethnique (ligne propre dans le recensement), mais non comme groupe religieux particulier selon la loi « sur la liberté de conscience » (1997). Pratique religieuse via structures associatives. Reconnaissance du génocide: NON. La Douma n’a pas traité le génocide de 2014.

Présence historique êzîdîe

Les Êzîdîs arrivèrent par trois routes: (1) du Caucase (Arménie/Géorgie) vers le sud de la Russie (Krasnodar, Stavropol); (2) de l’Empire ottoman vers la Crimée et le sud de la Russie (XIXe s.); (3) citoyens soviétiques d’origine êzîdîe ayant migré vers Moscou et les grandes villes. Les déportations staliniennes de 1944 affectèrent quelques familles êzîdîes du sud du Caucase lors des déportations tchétchènes/ingouches, sans toutefois cibler les Êzîdîs.

Statut actuel des droits

De jure: l’identité êzîdîe ne s’inscrit pas sur les passeports (les passeports ne mentionnent plus de religion depuis 1997). Associations êzîdîes enregistrées (Sojuz Yazidov Rossii à Krasnodar 1997). De facto: situation généralement stable. Quelques Êzîdîs visibles dans le monde des affaires; faible représentation politique.

État souhaité

Reconnaissance comme minorité religieuse avec statut propre (comparable aux bouddhistes). Protection contre la législation russe anti-extrémisme qui touche parfois les religions minoritaires.

Chronologie

  • 1828–1878: premières vagues depuis le Caucase
  • 1944 (déportations staliniennes): une partie des familles êzîdîes du sud du Caucase déportées (Kazakhstan, Sibérie)
  • 1991: dissolution soviétique, beaucoup de Êzîdîs d’Arménie/Géorgie migrent en Russie
  • 1997: Sojuz Yazidov Rossii fondé à Krasnodar
  • 2002 (recensement): 31 273 Êzîdîs en Russie
  • 2010 (recensement): 40 586
  • 2014: annexion russe de la Crimée, Êzîdîs de Sébastopol/Simferopol (faible nombre) sous administration russe
  • 2018: la Russie renforce sa loi « anti-extrémisme », associations êzîdîes non directement touchées, mais prudence accrue
  • 2022 (guerre en Ukraine): Êzîdîs en Russie en partie mobilisés, certaines familles fuient vers l’Arménie/la Géorgie
  • 2021 (recensement): 40 488

Persécution et oppression

Historique: répression religieuse soviétique. Pas de persécution ciblée des Êzîdîs, sauf collatéralement dans les déportations de Staline. Actuel: généralement stable. Le gouvernement Poutine privilégie les « religions traditionnelles » (Église orthodoxe favorisée), mais les Êzîdîs n’entrent pas en conflit direct.

Politique du gouvernement

La Russie traite les Êzîdîs pragmatiquement comme minorité ethnique. Pas de politique de protection officielle, mais pas non plus de persécution. La guerre en Ukraine de 2022 a contraint certaines familles êzîdîes à fuir vers l’ouest, sans aide d’État.

Perspectives

Réaliste: la population êzîdîe en Russie stagne ou diminue légèrement. La migration diasporique vers l’UE continue. Préoccupant: si la guerre en Ukraine s’aggrave, davantage de mobilisations frapperont aussi les hommes Êzîdîs. Optimiste: pas d’antiêzîdîsme ciblé de la part de l’État.

Sources

  • Recensement Russie 2010: gks.ru
  • Recensement Russie 2021 (données préliminaires), rosstat.gov.ru
  • Sojuz Yazidov Rossii: yezidi.ru (Krasnodar)
  • Loi fédérale russe « sur la liberté de conscience » (nº 125-FZ, 26.09.1997)
  • Olga Skripnik « Yazidis of the Russian Caucasus », thèse, Moscou 2015
  • USCIRF Annual Report 2024: section Russie
  • Sefik Tagay/Serhat Ortaç « Die Eziden »: chapitre Russie
  • HRW « Russia: Religious Freedom Trends 2023 »

9. Azerbaïdjan

Population: env. 200–500 (pas de données fiables, recensement azéri 2009 cite 7 (!) Êzîdîs auto-déclarés, ce qui est considéré comme drastique sous-estimation; estimations diasporiques 200–500) Statut juridique: non reconnus. La Constitution azerbaïdjanaise (1995) garantit la liberté religieuse, mais enregistre strictement les communautés religieuses selon la loi « sur la liberté de croyance religieuse » (1992, rév. 2009). Reconnaissance du génocide: NON

Présence historique êzîdîe

Les Êzîdîs en Azerbaïdjan étaient historiquement un petit groupe près de la frontière arménienne (région du Karabagh, Nakhitchevan). Après 1988 (conflit du Karabagh), la plupart ont fui en Arménie ou en Russie.

Statut actuel des droits

De jure: pratique religieuse uniquement via communautés enregistrées (loi de 1992, sensiblement durcie en 2009). Les Êzîdîs n’ont pas de communauté enregistrée, donc état de droit nul de facto. De facto: très petite présence cachée. Pas de temples, pas d’activités publiques.

État souhaité

Reconnaissance comme minorité religieuse, assouplissement de l’obligation d’enregistrement, protection des rares familles restantes.

Chronologie

  • XIXe s.: petite population êzîdîe au Karabagh
  • 1988–94 (conflit du Karabagh): les Êzîdîs fuient majoritairement en Arménie
  • 1992: loi sur la religion en Azerbaïdjan
  • 2009 (recensement): 7 auto-déclarations, sous-estimation massive
  • 2020 (guerre du Karabagh): l’Azerbaïdjan reprend le Haut-Karabagh, pas de retour Êzîdî

Persécution et oppression

Historique: dans le conflit du Karabagh, les Êzîdîs souffrirent du côté arménien. Actuel: invisibles de facto. Pas de persécution spécifique documentée, mais pas de protection non plus.

Politique du gouvernement

L’Azerbaïdjan ignore officiellement et complètement la question êzîdîe.

Perspectives

Réaliste: présence êzîdîe en Azerbaïdjan minimale. Aucun rétablissement attendu.

Sources

  • Constitution de l’Azerbaïdjan (1995): president.az/en
  • Loi azerbaïdjanaise « sur la liberté de croyance religieuse » (1992)
  • US State Department IRF Report Azerbaijan 2024
  • Pew Research « Religion in Azerbaijan »
  • Forum 18 « Azerbaijan: Religious Freedom Survey 2023 »
  • ICG « Karabakh and Minorities » 2021

10. Kazakhstan

Population: 2 000–5 000 (pas de données de recensement; les Êzîdîs du Kazakhstan proviennent majoritairement des déportations staliniennes de 1937–44 et de la migration post-soviétique) Statut juridique: pas de statut religieux propre. Liberté religieuse constitutionnelle, mais obligation d’enregistrement depuis la « Religion Law » 2011. Reconnaissance du génocide: NON

Présence historique êzîdîe

Les Êzîdîs au Kazakhstan vinrent par trois voies: (1) déportations staliniennes du sud du Caucase (collatéral avec Tchétchènes-Ingouches 1944); (2) après 1991 comme migrants économiques d’Arménie/Géorgie; (3) comme réfugiés d’Irak/Turquie.

Statut actuel des droits

De jure: liberté religieuse garantie; l’obligation d’enregistrement complique les petites communautés. De facto: les Êzîdîs vivent dispersés, pas de temples centraux, pas d’organisation communautaire connue.

État souhaité

Reconnaissance comme religion, enregistrement associatif possible.

Chronologie

  • 1944: déportations collatérales
  • 1991: indépendance du Kazakhstan
  • 2011: durcissement de la loi sur la religion

Persécution et oppression

Aucune persécution ciblée documentée. Restrictions générales pour les religions non majoritaires.

Politique du gouvernement

Indifférente. Pas de protection, pas de persécution.

Perspectives

Présence êzîdîe stable mais invisible. Migration diasporique vers UE/Russie continuée.

Sources

  • Constitution du Kazakhstan (1995)
  • Loi kazakhstanaise sur la religion 2011
  • USCIRF section Kazakhstan 2024
  • Forum 18 « Kazakhstan Religious Freedom Survey »
  • Olga Skripnik, thèse 2015 (chapitre Kazakhstan)
  • HRW « Kazakhstan: Religious Restrictions » 2023

11. Ukraine

Population: ~3 000–5 000 (estimations ONG; recensement Ukraine 2001 n’enregistre pas les Êzîdîs séparément) Statut juridique: liberté religieuse constitutionnelle (art. 35), aucune reconnaissance spécifique des Êzîdîs. Reconnaissance du génocide: NON

Présence historique êzîdîe

Les Êzîdîs en Ukraine ont en majorité immigré après 1991 (d’Arménie/Géorgie/Russie). Concentration à Kiev, Kharkiv, Odessa, Dnipro.

Statut actuel des droits

De jure: liberté religieuse, liberté d’association garanties. De facto: petite mais stable communauté avant 2022. Après février 2022 (invasion russe), beaucoup de Êzîdîs fuient vers la Pologne, l’Allemagne.

État souhaité

Reconnaissance du génocide 2014. Statut de protection pour les réfugiés d’origine êzîdîe (en particulier avec histoire de double persécution).

Chronologie

  • 1991: immigration êzîdîe commence
  • 2014 (Maïdan): premières familles êzîdîes fuient vers la Russie/UE
  • 2022 (24 février): invasion russe, les Êzîdîs fuient en Pologne, Allemagne, Roumanie
  • 2024: communauté êzîdîe ukrainienne identifiable en Allemagne

Persécution et oppression

Historique: pas de persécution ciblée des Êzîdîs Actuel: déplacement lié à la guerre. Hommes Êzîdîs de citoyenneté ukrainienne mobilisés.

Politique du gouvernement

L’Ukraine pragmatique, pas d’antiêzîdîsme, mais pas de protection particulière non plus.

Perspectives

Guerre durablement déstabilisante. La diaspora êzîdîe en UE s’agrandit.

Sources

  • Constitution de l’Ukraine (1996) art. 35
  • USCIRF section Ukraine 2024
  • Rapports HCR Ukraine 2022–2024
  • Pew « Religion in Ukraine »
  • HRW Ukraine 2023
  • Forum 18 Ukraine

12. Allemagne (~250 000, plus grande diaspora au monde)

Population: 200 000–250 000 (ZÊD 2024; Bundestag-Drucksache 20/5228 cite « environ 250 000 »; estimations conservatrices à partir de ~100 000); ainsi plus grande diaspora au monde, plus grande que la population dans le Heartland irakien. Statut juridique: liberté religieuse (Loi fondamentale art. 4), Êzîdîs reconnus comme communauté religieuse, mais PAS comme corporation de droit public (KdöR) (demande en Basse-Saxe en cours depuis 2018). Reconnaissance du génocide: 19 janvier 2023, Bundestag allemand, Drucksache 20/5228 « Protection des Êzîdîs et reconnaissance du génocide »

Présence historique êzîdîe

Les premiers Êzîdîs arrivèrent à la fin des années 1960 comme travailleurs invités venant de Turquie (provinces Mêrdîn, Diyarbekir, Batman). Vagues migratoires plus importantes: 1980 (coup d’État militaire turc), années 1990 (conflit PKK), 2014–2017 (génocide de Daech, soi-disant État islamique, en Irak/Syrie). Principales zones d’implantation: Basse-Saxe (Hanovre, Celle, Oldenbourg, Wolfenbüttel), Bade-Wurtemberg (Stuttgart, Pforzheim), Rhénanie-du-Nord-Westphalie (Bielefeld, Düsseldorf), Bavière (Augsbourg).

Statut actuel des droits

De jure: liberté religieuse pleinement garantie (Loi fondamentale art. 4). Arrêt de la Cour constitutionnelle fédérale du 05.10.1992 (réf. 2 BvR 1968/91): les Êzîdîs en Turquie ont droit à l’asile car exposés à une persécution de groupe, arrêt charnière. Construction de temples autorisée. Enseignement religieux possible (essai scolaire en Basse-Saxe depuis 2015). Secrétariat du Mîr à Hanovre actif depuis 2019. De facto: communauté stable, visible, croissante. Le ZÊD (Conseil central des Êzîdîs en Allemagne) représente officiellement. Associations propres, temples (par ex. centre Lalîş à Celle, Quba Şîxadî à Hanovre), cimetières (problématiques, inhumation avec cercueil ou sans).

État souhaité

Entièrement réalisé sauf statut KdöR. Potentiel d’amélioration: enseignement religieux à l’échelle fédérale, chaires êzîdîes propres (Göttingen à partir de 2024), protection contre l’importation de vétérans de Daech.

Chronologie

  • 1961–1973 (phase travailleurs invités): premiers Êzîdîs venant de Turquie
  • 1980: coup d’État militaire turc, vagues d’asile
  • 1992 (5 octobre): BVerfG arrêt réf. 2 BvR 1968/91, Êzîdîs en Turquie = persécution de groupe
  • 1996: fondation du ZÊD
  • 2014–2017: env. 50 000 demandeurs de protection d’origine êzîdîe venant d’Irak/Syrie
  • 2015: contingent spécial de Basse-Saxe: 1 000 femmes et enfants Êzîdîs traumatisés (programme « Special Quota Project »)
  • 2019: secrétariat du Mîr d’Allemagne à Hanovre
  • 2023 (19 janvier): le Bundestag reconnaît le génocide, Drucksache 20/5228, décision unanime
  • 2024 (février): Forum Êzîdî pour la religion et l’identité ouvert à Berlin
  • 2021 (25 octobre): le tribunal régional supérieur (OLG) de Munich condamne la revenante de l’EI Jennifer W. (Jennifer Wenisch) à 10 ans de prison pour crimes contre l’humanité et complicité de meurtre d’une fillette êzîdîe de 5 ans réduite en esclavage, l’un des premiers jugements au monde sur les crimes de l’EI contre les Êzîdî

Persécution et oppression

Historique: aucune persécution par l’État allemand. Époque nazie: trop peu de Êzîdîs sur place, pas de dossiers spécifiques. Actuel: discrimination sociale (école, marché du travail), profanations occasionnelles de temples (par ex. Celle 2020), menace de sympathisants de Daech migrés en Allemagne (plusieurs procédures pénales).

Politique du gouvernement

La politique allemande est activement pro-êzîdîe depuis 2014. Le contingent spécial de Basse-Saxe 2015 sous le ministre-président Stephan Weil (SPD) est un exemple international de meilleure pratique. La résolution du Bundestag 2023 (Drucksache 20/5228) inclut: (1) reconnaissance du génocide, (2) appel au gouvernement fédéral pour soutenir les poursuites pénales irakiennes, (3) programmes d’aide à la reconstruction de Şingal, (4) perspective de séjour pour les réfugiés Êzîdîs. Poursuites pénales par le ministère public fédéral à Karlsruhe (plusieurs procès Daech, Francfort réf. 5 OJs 11/17, arrêts BGH 2023–24).

Perspectives

Réaliste: l’Allemagne reste le pays diasporique le plus important. L’identité êzîdîe est affirmée en 2ᵉ, 3ᵉ génération, la perte linguistique est la plus grande inquiétude. Préoccupant: les tendances d’extrême droite frappent aussi les Êzîdîs. Les électeurs de l’AfD rejettent de plus en plus les contingents de protection. Optimiste: l’académisation progresse (Göttingen, Berlin, Bielefeld), une théologie propre émerge.

Sources

  • Loi fondamentale de la RFA, art. 4 (liberté religieuse)
  • BVerfG 2 BvR 1968/91 (05.10.1992)
  • Bundestag-Drucksache 20/5228 (19.01.2023): bundestag.de/dokumente
  • Ministère de l’Intérieur de Basse-Saxe « Contingent spécial pour Yézidies traumatisées » (2015–2018)
  • Rapports d’activité ZÊD (Conseil central des yézidis en Allemagne) 2020–2024, ezidi.de
  • Sefik Tagay/Serhat Ortaç « Die Eziden und das Ezidentum » (2016)
  • Düzen Tekkal « Deutschland ist bedroht » (2016, Edition Körber)
  • Arrêts BGH 3 StR 564/19 (procédures d’esclavage)
  • Andrea C. Lange « Die Êzîden in Deutschland » (thèse Hambourg, 2022)
  • Université de Göttingen: chaire d’études yézidies (créée en 2024)

13. Suède

Population: 20 000–25 000 (ZÊD Sverige 2023; Riksdag-Drucksache 2022/23:RR3 cite « omkring 20 000 ») Statut juridique: liberté religieuse constitutionnelle (Regeringsformen 2:1). Êzîdîs enregistrés comme communauté religieuse. Le ministère suédois des religions répertorie les Êzîdîs depuis 2018 comme minorité religieuse reconnue. Reconnaissance du génocide: 22 mars 2023, le Riksdag reconnaît officiellement le génocide de 2014 (Riksdagsbeslut 2022/23:UU14, unanime)

Présence historique êzîdîe

Les Êzîdîs en Suède arrivèrent à partir des années 1970 venant de Turquie, vagues plus importantes des années 1980 et 1990 de Turquie/Syrie, puis 2014+ d’Irak. Concentration: Stockholm, Södertälje, Göteborg, Malmö, Örebro.

Statut actuel des droits

De jure: liberté religieuse complète, enregistrement associatif autorisé. De facto: communauté active. Temples/lieux de rassemblement propres. Associations propres (Yezidiska Föreningen i Sverige, Yezidisk-Svenska Riksförbundet).

État souhaité

Pleinement réalisé. Amélioration: manuels scolaires suédois avec représentation correcte des Êzîdîs (réformes 2022 finalisées).

Chronologie

  • Années 1970: premiers Êzîdîs de Turquie
  • 1980 (coup d’État): vague d’asile
  • 2014: demandeurs de protection d’Irak
  • 2016 (8 mars): la ministre suédoise des Affaires étrangères Margot Wallström qualifie le génocide d’« etniskt rensning »
  • 2023 (22 mars): le Riksdag reconnaît officiellement le génocide
  • 2024: la police suédoise ouvre une unité d’enquête spécialisée pour les vétérans de Daech

Persécution et oppression

Aucune persécution étatique. Quelques agressions racistes isolées.

Politique du gouvernement

Active dans la protection. L’adhésion à l’OTAN 2024 a atténué le chantage turc contre les Êzîdîs suédois.

Perspectives

Diaspora stable.

Sources

  • Regeringsformen 2:1 (Constitution suédoise)
  • Riksdagsbeslut 2022/23:UU14: riksdagen.se
  • Yezidiska Föreningen i Sverige: yezidi.se
  • Sveriges Television « Yezidernas Sverige » (docu 2018)
  • USCIRF section Suède 2024
  • Pew « Religion in Sweden »

14. France

Population: 5 000–8 000 (FYF France 2024; pas de données officielles de recensement sur la religion en France, du fait de la laïcité) Statut juridique: laïcité (loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l’État). Liberté religieuse garantie par la Constitution de 1958 + la Déclaration des droits de l’homme de 1789. La religion n’est pas relevée dans le recensement. Reconnaissance du génocide: 6 décembre 2016, Assemblée nationale (résolution nº 565), 8 décembre 2016, Sénat (résolution à l’unanimité)

Présence historique êzîdîe

Les Êzîdîs en France constituent une diaspora relativement jeune. Les premières familles arrivèrent à la fin des années 1990 de Turquie et d’Irak. Vague plus importante en 2014–2017 lors du génocide perpétré par Daech (soi-disant État islamique). Principaux centres: Île-de-France (Paris, Saint-Denis, Sarcelles), Lyon, Marseille, Toulouse, Bordeaux. Contrairement à l’Allemagne, il n’y a pas de région êzîdîe concentrée, la communauté est répartie sur les agglomérations urbaines.

Statut actuel des droits

De jure: liberté religieuse pleinement garantie. La loi des associations de 1901 permet aux associations êzîdîes (plusieurs enregistrées: « Association des Yézidis de France » à Paris, « Yezidis Lyon », « Yezidis France Toulouse »). Le droit d’asile pour les Êzîdîs d’Irak/Turquie est en règle générale accordé, l’OFPRA (Office français de protection des réfugiés et apatrides) a classé les Êzîdîs depuis 2015 comme « groupe à protection particulière ». De facto: la communauté est organisée, mais plus petite et moins visible qu’en Allemagne. Pas de construction de temple jusqu’à présent (état 2026). Les manifestations culturelles êzîdîes se tiennent dans les communes de la banlieue parisienne. Recherche universitaire: l’EHESS Paris a un programme d’études êzîdîes depuis 2018 sous Estelle Amy de la Bretèque.

État souhaité

Procédures de regroupement familial facilitées, protection contre le retour de vétérans de Daech (thématisée dans plusieurs procédures pénales françaises), centres culturels Êzîdîs propres avec soutien étatique, chaires académiques.

Chronologie

  • Fin des années 1990: premières familles êzîdîes (asile depuis la Turquie)
  • 2014: vague de protection après le génocide perpétré par Daech en Irak, protocole spécial OFPRA
  • 2016 (6 décembre): l’Assemblée nationale adopte la résolution nº 565, « Reconnaissance du génocide perpétré par Daech contre les Chrétiens et autres minorités ethniques et religieuses d’Orient »
  • 2018: EHESS Paris, programme d’études êzîdîes lancé
  • 2020: procès de Paris contre plusieurs revenants de Daech, la mise en esclavage des êzîdîes reconnue comme crime contre l’humanité
  • 20 mars 2026 (Cour d’assises de Paris): Sabri Essid (membre de Daech, beau-frère de l’assassin Mohamed Merah de Toulouse 2012) condamné par contumace à la réclusion criminelle à perpétuité pour génocide et crimes contre l’humanité envers les femmes êzîdîes, premier verdict de génocide en France

Persécution et oppression

Historique: aucune persécution en France. Actuel: quelques agressions documentées par des milieux islamistes contre des réfugiés Êzîdîs. La police française réagit par principe, mais plus lentement qu’en Allemagne/aux Pays-Bas.

Politique du gouvernement

Le gouvernement français est activement pro-Êzîdî depuis 2014. Les ministres des Affaires étrangères Laurent Fabius (2014) puis Jean-Yves Le Drian (2018) se sont publiquement solidaires. L’administration Macron soutient financièrement la reconstruction à Şingal (projets PNUD). L’armée française a effectué en 2014–17 des frappes aériennes contre Daech dans le cadre de l’opération Chammal, contribution militaire directe à la libération êzîdîe.

Perspectives

Réaliste: la communauté êzîdîe française croît lentement. Pas de grand temple en projet. Les procès Daech se poursuivent. Optimiste: la recherche académique à l’EHESS/Sorbonne s’élargit. Préoccupant: la droite française et le Rassemblement national (Le Pen) de plus en plus critiques de l’asile, à moyen terme la politique de protection pourrait être sous pression.

Sources

  • Assemblée nationale résolution nº 565 (06.12.2016), assemblee-nationale.fr
  • Sénat résolution équivalente (08.12.2016)
  • Loi du 9 décembre 1905 (laïcité)
  • Rapports annuels OFPRA 2015–2024: ofpra.gouv.fr
  • Couverture Le Monde, procès de Paris Sabri Essid (verdict 20.03.2026)
  • Le Figaro « Yézidis en France » (série de reportages 2018–2024)
  • Estelle Amy de la Bretèque EHESS: Yezidi Studies Working Papers
  • FYF France Country Update 2024
  • USCIRF section France 2024
  • Pew Research « Religion in France » (2023)

15. Pays-Bas

Population: 3 000–5 000 (ZÊD-Nederland 2024; Free Yezidi Foundation Pays-Bas cite « environ 4 000 ») Statut juridique: liberté religieuse (Grondwet art. 6). Les Êzîdîs comme communauté religieuse peuvent former des associations; reconnaissance étatique spécifique comme « kerkgenootschap » possible mais jamais demandée à ce jour. Reconnaissance du génocide: 5 juillet 2021, Tweede Kamer décision 32735-323 (motion van der Staaij/CU + ChristenUnie; adoptée à l’unanimité)

Présence historique êzîdîe

Les Pays-Bas ont une diaspora êzîdîe plus petite que l’Allemagne. Vagues migratoires venant de Turquie (fin des années 1980, surtout de la province de Mêrdîn), d’Irak (1991 guerre du Golfe, 2014 génocide perpétré par Daech), de Syrie (à partir de 2012). Concentration: Amsterdam, Rotterdam, La Haye, Utrecht, Eindhoven, Tilburg. Une communauté petite mais bruyante.

Statut actuel des droits

De jure: liberté religieuse garantie; enregistrement associatif effectif; l’asile Êzîdî est systématiquement accordé (décision IND 2014+, Êzîdîs d’Irak/Syrie classés comme « groupe particulier »). De facto: la Free Yezidi Foundation (FYF) a son siège aux Pays-Bas (région de La Haye) et travaille à l’international. Le ZÊD-Nederland organise des événements communautaires.

État souhaité

Pleinement réalisé. Amélioration: études êzîdîes académiques propres aux Pays-Bas (jusqu’ici surtout études de diaspora aux universités d’Amsterdam et de Tilburg).

Chronologie

  • Années 1980: premières vagues d’asile êzîdîes de Turquie
  • 1991 (guerre du Golfe): demandeurs de protection d’Irak
  • 2014: génocide perpétré par Daech, accueil renforcé
  • 2019: implantation de la Free Yezidi Foundation (FYF) à La Haye
  • 2021 (5 juillet): Tweede Kamer décision 32735-323, reconnaissance du génocide
  • 2022: la CPI à La Haye ouvre un examen préliminaire sur les crimes de Daech, la FYF fournit des preuves
  • 2024 (12.): tribunal de La Haye réf. 09/847156-22, revenante de Daech néerlandaise condamnée à 7 ans pour mise en esclavage de êzîdîes (précédent dans la justice NL)

Persécution et oppression

Historique: aucune persécution par l’État néerlandais. Actuel: préjugés sociaux ponctuels. Les revenant·e·s de Daech à passeport néerlandais sont poursuivi·e·s pénalement.

Politique du gouvernement

Le gouvernement néerlandais est actif. Le ministère des Affaires étrangères a cofinancé en 2014 un « Yezidi Protection Fund ». La Haye, siège de nombreux tribunaux internationaux, joue un rôle central dans les poursuites pénales mondiales.

Perspectives

Réaliste: diaspora petite mais bien organisée. La FYF restera un pilier international. Optimiste: l’examen préliminaire de la CPI pourrait conduire à une reconnaissance en droit international.

Sources

  • Grondwet voor het Koninkrijk der Nederlanden art. 6
  • Tweede Kamer 32735-323 (05.07.2021): tweedekamer.nl
  • Rapport annuel Free Yezidi Foundation 2024: freeyezidi.org
  • Tribunal de La Haye réf. 09/847156-22 (jugement 12/2024)
  • Rapports IND « Country of Origin Iraq » 2014–2024
  • Rapports ZÊD-Nederland 2020–2024
  • Reportages NRC Handelsblad Yezidiens 2014–2024
  • USCIRF section Pays-Bas 2024

16. Belgique

Population: 1 500–3 000 (ZÊD-Belgique 2024; estimation FYF) Statut juridique: liberté religieuse (Constitution belge art. 19, 20, 21). Reconnaissance religieuse échelonnée: la Belgique reconnaît officiellement 6 religions (catholicisme, protestantisme, anglicanisme, judaïsme, islam, orthodoxie), Êzîdîs NON dans cette catégorie, mais libres comme communauté religieuse. Reconnaissance du génocide: 1ᵉʳ mars 2022, Chambre des représentants décision 55K2602 (initiée par Ecolo-Groen + Open VLD, adoptée à large majorité)

Présence historique êzîdîe

Petite diaspora depuis les années 1990 venant de Turquie et d’Irak. Concentration à Bruxelles, Anvers, Liège, Malines.

Statut actuel des droits

De jure: liberté religieuse garantie; liberté d’association; catégorie spéciale de reconnaissance religieuse non accordée (analogue à l’hindouisme, au bouddhisme). De facto: organisation communautaire active, plusieurs associations êzîdîes. La Belgique, en tant que siège de l’UE, est importante pour le lobbying Êzîdî au niveau de l’UE (résolutions du Parlement européen).

Chronologie

  • Années 1990: premiers Êzîdîs en Belgique
  • 2016: résolution du Parlement européen sur le génocide (initiative belge importante)
  • 2022 (1ᵉʳ mars): la Chambre reconnaît le génocide
  • 11/2025 (tribunal de Bruxelles): Djedou (Tarik Jadaoun, « Abou Hamza al-Belgiki », haut responsable de Daech, double nationalité FR-BE) condamné à perpétuité pour crimes de Daech, incl. mise en esclavage de êzîdîes, précédent important

Politique du gouvernement

Poursuites pénales actives. La diplomatie de l’UE à Bruxelles fait de la Belgique un lieu central de lobbying Êzîdî.

Sources

  • Constitution belge art. 19–21
  • Chambre des représentants 55K2602 (01.03.2022), dekamer.be
  • Verdicts Cour d’assises Bruxelles 2025
  • Résolution Parlement européen 2016/2980 (15.02.2016)
  • Rapports ZÊD-Belgique
  • USCIRF Belgique 2024
  • Déclarations Yazda Brussels Office

17. Royaume-Uni

Population: 1 000–2 000 (Yazda UK 2024; pas de données de recensement, le recensement UK n’enregistrant pas les Êzîdîs séparément, ils relèvent de « Other Religion » ou « Kurdish ») Statut juridique: liberté religieuse (Human Rights Act 1998 incorporant l’art. 9 de la CEDH; Equality Act 2010 protège contre la discrimination religieuse) Reconnaissance du génocide: 20 avril 2016, résolution House of Commons unanime (initiée par Fiona Bruce MP, motion transpartisane). La Chambre des Lords a suivi en 2018. Le R.-U. était ainsi l’un des premiers pays occidentaux avec reconnaissance parlementaire, avant le Bundestag (2023).

Présence historique êzîdîe

Les Êzîdîs au R.-U. sont arrivés à partir des années 1990 venant de Turquie et d’Irak. Principaux centres: Londres (en particulier Haringey, Enfield, Hackney), Birmingham, Sheffield, Manchester. Communauté plus petite, dispersée urbainement.

Statut actuel des droits

De jure: pleinement protégés. L’asile pour les Êzîdîs d’Irak/Syrie est en règle accordé, les Home Office Country Policy and Information Notes (CPIN) sur Iraq/Yezidis les classent comme « groupe à risque ». De facto: petite mais active communauté. Yazda a un bureau au R.-U. à Londres. ZÊD-UK coordonne les activités diasporiques.

État souhaité

Le gouvernement britannique a reconnu parlementairement, mais l’exécutif hésite. Le Foreign Office a juridiquement contesté la notion de « Genocide Determination », la première ministre Theresa May en 2016 s’y était opposée.

Chronologie

  • Années 1990: asile Êzîdî depuis la Turquie
  • 2014–2017: génocide perpétré par Daech, accueil de réfugiés
  • 2016 (20 avril): résolution House of Commons
  • 2017: UK Special Forces actives dans les opérations anti-Daech, soutien indirect au YBŞ/Peshmerga
  • 2018: reconnaissance du génocide par la Chambre des Lords
  • 2023: programmes de visas spéciaux pour réfugiés Êzîdîs

Politique du gouvernement

Le R.-U. fut pionnier de la reconnaissance parlementaire en 2016. Mais le gouvernement britannique a hésité pendant des années à mettre en œuvre une « Genocide Determination » par voie exécutive, celle-ci n’est possible que par les tribunaux ou les tribunaux internationaux (position du Foreign Office UK). UK Special Forces (SAS) et Royal Air Force ont militairement soutenu la coalition anti-Daech.

Perspectives

Diaspora petite et stable. Le Brexit a tendanciellement durci la politique d’asile.

Sources

  • Résolution House of Commons (20.04.2016): Hansard HC Vol 608 Col 996
  • Résolution House of Lords (2018)
  • Human Rights Act 1998
  • Home Office CPIN Iraq: Yezidis (2022, mis à jour 2024)
  • Rapport annuel Yazda UK 2024
  • Reportages The Guardian 2014–2024
  • Fiona Bruce MP: archives des déclarations parlementaires
  • USCIRF section R.-U. 2024
  • House of Lords International Relations Committee « UK and the Future of the Middle East » (2018)

18. Norvège

Population: 1 500–2 500 (estimation UDI 2023; ZÊD-Norge cite env. 2 000) Statut juridique: liberté religieuse (Grunnloven §16, rév. 2012 a supprimé le lien à l’Église d’État) Reconnaissance du génocide: NON (état 2026). Le Storting avait débattu à l’été 2023 d’une proposition (document 8:124 S 2022–23) de SV (Sosialistisk Venstreparti) et Venstre, mais l’a ajournée. La ministre des Affaires étrangères Anniken Huitfeldt (Arbeiderpartiet) renvoyait à la « pratique internationale de définition », argument analogue à celui du Foreign Office UK.

Présence historique êzîdîe

Les Êzîdîs en Norvège sont arrivés via le programme de réinstallation des Nations unies (HCR), la Norvège a régulièrement des quotas de réinstallation élevés. Concentration: Oslo, Trondheim, Bergen, Stavanger. Communautés plus petites à Hamar et Drammen.

Statut actuel des droits

De jure: liberté religieuse garantie. Asile Êzîdî accordé pour les réfugiés d’Irak/Syrie. De facto: politique d’accueil active de l’UDI 2014–18 a fait venir plusieurs centaines de familles. La Norvège a mis en place en 2018 un « Special Quota for Yezidi Women and Children Survivors » (analogue au Canada).

État souhaité

La reconnaissance du génocide par le Storting est en attente. Procédures de regroupement familial facilitées souhaitables.

Chronologie

  • 2014: génocide perpétré par Daech, l’UDI ouvre des voies de protection
  • 2018: Special Quota for Yezidi Survivors
  • 2023 (été): le Storting ajourne la reconnaissance du génocide
  • 2024: fondation du ZÊD-Norge

Politique du gouvernement

La Norvège est active dans l’accueil, réservée dans la politique symbolique parlementaire. L’argent norvégien a financé le soutien à des ONG (Yazda, FYF, programmes ONU).

Sources

  • Grunnloven §16
  • Stortingsdokument 8:124 S (2022–23)
  • UDI « Yazidi Resettlement Programme » (2018+)
  • USCIRF Norvège 2024
  • Reportages Aftenposten 2014–2024
  • ZÊD-Norge 2024
  • Rapports du Norwegian Refugee Council

19. Danemark

Population: 500–1 000 (estimation ZÊD-Danmark 2024; pas de données de recensement) Statut juridique: liberté religieuse (Grundlov §67), mais la Folkekirche (luthérienne) est Église d’État §4 Reconnaissance du génocide: NON (état 2026)

Présence historique êzîdîe

Très petite diaspora, majoritairement venue après 2014. Concentration: Aarhus, Aalborg, Copenhague.

Statut actuel des droits

De jure: liberté religieuse. L’asile Êzîdî est accordé. De facto: petite communauté. Le Danemark a depuis 2015 une politique d’asile nettement plus restrictive (« loi sur les bijoux » 2016, « changement de paradigme » de l’asile 2019).

Politique du gouvernement

Accueil limité. Aucune résolution parlementaire. Le Danemark mène une politique d’asile très stricte sous les gouvernements S+V, ce qui touche directement les familles êzîdîes. 2021–22: quelques réfugiés Êzîdîs confrontés aux programmes de révocation d’asile irakien (le Danemark a déclaré la région de Bagdad « sûre », ce qui ne concernait pas les Êzîdîs, mais a néanmoins créé de l’insécurité).

Perspectives

La diaspora reste petite. Climat politique restrictif en matière d’asile.

Sources

  • Grundlov §67 + §4
  • Base de données des décisions B du Folketing: folketinget.dk
  • Rapports DRC Danish Refugee Council 2014–2024
  • USCIRF Danemark 2024
  • Reportages Politiken Yézidis Danemark
  • Déclarations ZÊD-Danmark 2023–2024

20. Autriche

Population: 3 000–5 000 (ZÊD-Österreich 2024; certaines estimations jusqu’à 8 000 séjours irréguliers inclus) Statut juridique: liberté religieuse (StGG 1867 art. 14 + loi constitutionnelle art. 9). Êzîdîs libres comme religion, mais PAS comme « société religieuse légalement reconnue » (16 reconnues depuis 1874, en dernier les alévis en 2013), les Êzîdîs ont demandé le statut de « communauté confessionnelle religieuse enregistrée » (selon ZÊD, procédure en cours depuis 2018 auprès du Kultusamt au BMBWF). Reconnaissance du génocide: 27 avril 2022, Conseil national à l’unanimité (motion de résolution 235/E XXVII GP, tous groupes)

Présence historique êzîdîe

Les Êzîdîs en Autriche arrivèrent à partir des années 1990 de Turquie, vagues plus importantes à partir de 2014 d’Irak/Syrie. Concentration: Vienne (en particulier Favoriten, Simmering, Donaustadt), Linz, Salzbourg, Innsbruck.

Statut actuel des droits

De jure: liberté religieuse garantie; liberté d’association; droit d’asile accordé. Statut de communauté confessionnelle religieuse enregistrée en suspens. De facto: centre Êzîdî viennois actif. Enseignement religieux Êzîdî introduit à titre expérimental dans quelques écoles viennoises.

Chronologie

  • Années 1990: premières vagues d’asile êzîdîes
  • 2014–17: génocide perpétré par Daech, accueil renforcé
  • 2018: ZÊD-Österreich demande le statut de « communauté confessionnelle religieuse enregistrée »
  • 2022 (27 avril): reconnaissance du génocide par le Conseil national 235/E
  • 2024: Forum Êzîdî de Vienne établi

Politique du gouvernement

Politique de protection active, reconnaissance parlementaire. La procédure du Kultusamt sur le statut religieux officiel s’éternise (état 2026 toujours pas conclue).

Sources

  • StGG 1867 art. 14
  • B-VG art. 9
  • Résolution du Conseil national 235/E XXVII GP (27.04.2022), parlament.gv.at
  • Rapports ZÊD-Österreich 2020–2024
  • Reportages Der Standard Yézidis
  • Statistique des religions Autriche 2021
  • USCIRF Autriche 2024
  • Dossiers du Kultusamt du BMBWF sur la procédure de statut (publication partielle)

21. Suisse

Population: 1 000–2 000 (statistique d’asile du SEM cumulée 2014–2024; ZÊD-Schweiz cite env. 1 500) Statut juridique: liberté religieuse (Constitution fédérale art. 15). La religion est compétence cantonale, les cantons peuvent reconnaître les communautés religieuses « de droit public » (Zurich, Berne, Bâle-Ville ont des modèles différents). Reconnaissance du génocide: NON (état 2026; une motion 23.3641 « Reconnaissance du génocide contre les Êzîdîs » de la conseillère nationale Yvonne Bürgin (Mitte) a été déposée en 2023 et est en cours de procédure)

Présence historique êzîdîe

Êzîdîs en Suisse: petite diaspora, majoritairement venue de Turquie (années 1980) et d’Irak (2014+). Concentration: Zurich, Berne, Bâle, Genève, Lucerne.

Statut actuel des droits

De jure: liberté religieuse complète. L’asile est accordé. De facto: structures associatives actives, mais pas de temple propre.

Politique du gouvernement

Le Conseil fédéral (gouvernement suisse) a déclaré en 2018 en réponse à une interpellation que la Suisse applique la définition de l’ONU du génocide et « attribue son caractère aux crimes de Daech », mais sans reconnaissance parlementaire propre. Significatif: le Tribunal fédéral suisse a confirmé dans plusieurs arrêts l’asile Êzîdî (par ex. ATF E-7138/2017).

Perspectives

Petite diaspora stable. La procédure de la motion pourrait être tranchée en 2026/27.

Sources

  • Constitution fédérale art. 15
  • Parlament.ch motion 23.3641 (Bürgin): parlament.ch
  • Statistique d’asile SEM 2014–2024: sem.admin.ch
  • Tribunal fédéral E-7138/2017 (jurisprudence asile yézidi)
  • Neue Zürcher Zeitung « Jesiden in der Schweiz », articles
  • Rapports ZÊD-Schweiz
  • USCIRF Suisse 2024

22. Italie

Population: 500–1 000 Statut juridique: liberté religieuse (Cost. art. 19) Reconnaissance du génocide: NON (état 2026)

Politique du gouvernement

Diplomatie pontificale importante, le pape François s’est rendu à Erbil en 2021, a rencontré des représentants Êzîdîs.

Sources

  • Costituzione art. 19
  • Base de données Camera dei Deputati
  • Rapports Vatican 2021
  • USCIRF Italie 2024

23. Espagne

Population: <500 Statut juridique: liberté religieuse (Const. art. 16) Reconnaissance du génocide: NON

Sources

  • Constitución Española art. 16
  • Base de données Congreso de los Diputados
  • USCIRF Espagne 2024

24. Grèce

Population: <500 Statut juridique: liberté religieuse (Constitution art. 13) Reconnaissance du génocide: NON

Sources

  • Constitution de la Grèce art. 13
  • Base de données du Parlement hellénique
  • USCIRF Grèce 2024

25. États-Unis (Lincoln, Nebraska; Houston, TX; Phoenix, AZ)

Population: 8 000–12 000 (Yazda US 2024; Lincoln Nebraska seule ~3 000–4 000, la plus grande ville êzîdîe des États-Unis) Statut juridique: liberté religieuse (1er amendement de la Constitution US). Êzîdîs libres comme groupe religieux; reconnaissance IRS comme organisation religieuse 501©(3) pour Yazda et plusieurs associations locales. Reconnaissance du génocide: 17 mars 2017, le secrétaire d’État américain Rex Tillerson déclare formellement « ISIS is responsible for genocide against Yazidi, Christians, and Shi’a Muslims in areas it controls ». Précédent: House Resolution 75 (14.03.2016, adoptée 393-0 à l’unanimité), Senate Concurrent Resolution 71 (juillet 2016).

Présence historique êzîdîe

La première grande communauté êzîdîe à Lincoln (Nebraska) s’est formée en 1997, via des interprètes militaires américains des opérations de 1991 (Operation Provide Comfort au Kurdistan). Lincoln a été choisie comme lieu de réinstallation par Lutheran Family Services. Aujourd’hui Lincoln est « Yazidi Capital of America » avec une concentration de population êzîdîe dans les quartiers de Belmont et North Lincoln. Yazda a son siège américain à Houston, TX. Autres communautés: Phoenix (AZ), Sioux Falls (SD), Buffalo (NY), Tampa (FL).

Statut actuel des droits

De jure: protection complète du 1er amendement. Programme SIV (Special Immigrant Visa) pour collaborateurs afghans et irakiens des États-Unis inclut interprètes Êzîdîs. Reconnaissance d’asile renforcée après génocide 2017. De facto: communauté active à Lincoln (restaurants propres, associations, programmes pour enfants Êzîdîs des Lincoln Public Schools). La secrétaire générale de Yazda Nadia Murad (prix Nobel de la paix 2018) opère depuis les États-Unis.

État souhaité

Procédures de regroupement familial facilitées, plafonds de réfugiés permanents pour les survivantes êzîdîes, protection contre la rhétorique anti-immigrants.

Chronologie

  • 1991 (Operation Provide Comfort): interprètes militaires américains du Kurdistan, quelques Êzîdîs
  • 1996–1997: premières familles à Lincoln (Lutheran Family Services)
  • 2014 (8 août): le président Obama autorise des frappes aériennes et l’aide humanitaire pour les Êzîdîs sur le mont Şingal, intervention américaine directe pour empêcher le génocide
  • 2014 (9 août): l’US Air Force largue des fournitures; forces spéciales américaines en coordination avec YPG/Peshmerga
  • 2015: Yazda US fondée (Houston)
  • 2016 (14 mars): House Resolution 75 (393-0)
  • 2016 (juillet): Senate Concurrent Resolution 71
  • 2017 (17 mars): déclaration de génocide Tillerson
  • 2018 (5 octobre): Nadia Murad reçoit le prix Nobel de la paix (avec Denis Mukwege)
  • 2018–21 (administration Trump): plafonds de réfugiés drastiquement réduits (de 110 000 à 18 000), Êzîdîs indirectement touchés, moins de nouveaux accueils
  • 2021–25 (administration Biden): plafonds de réfugiés relevés
  • 2024: Nadia’s Initiative (fondation de Nadia Murad) étend ses programmes humanitaires à Şingal

Persécution et oppression

Historique: aucune aux États-Unis. Actuel: discrimination sociale ponctuelle dans le Midwest; la rhétorique de l’ère Trump contre les migrants a touché indirectement les Êzîdîs.

Politique du gouvernement

Les États-Unis ont été militairement et politiquement centraux pour la protection êzîdîe en 2014. La doctrine Obama d’« intervention humanitaire » a été appliquée explicitement à Şingal le 08.08.2014. La reconnaissance du Département d’État en 2017 sous Tillerson fut un jalon. L’administration Biden finance les programmes ONU pour la reconstruction de Şingal. Les fonds USAID pour les ONG êzîdîes (Yazda, FYF) sont significatifs.

Perspectives

Réaliste: Lincoln reste la ville diasporique centrale. Nadia Murad et Yazda ont une voix internationale. Préoccupant: la réélection de Trump en 2024 réduit à nouveau les programmes humanitaires, plafonds de réfugiés abaissés. Optimiste: la communauté de Lincoln grandit en 2ᵉ et 3ᵉ génération, la formation supérieure augmente.

Sources

  • 1er amendement de la Constitution US
  • House Resolution 75 (14.03.2016, 114e Congrès)
  • Senate Concurrent Resolution 71 (juillet 2016)
  • Déclaration Tillerson du Département d’État (17.03.2017)
  • Déclaration Obama (08.08.2014): Archives whitehouse.gov
  • Rapport annuel Yazda US 2024: yazda.org
  • Rapport annuel Nadia’s Initiative 2024: nadiasinitiative.org
  • Couverture Lincoln Journal Star sur les yézidis 2014–2024
  • Rapports Lincoln Public Schools « English Language Learners Yezidi Cohort »
  • USCIRF Annual Report 2024: uscirf.gov
  • Pew Research « Yazidis in America » (2017)

26. Canada (Winnipeg, Toronto, London ON, Calgary)

Population: 5 000–8 000 (rapports Operation Ezra 2024; recensement Statistics Canada 2021 non séparé pour petits effectifs, Êzîdîs sous « Yazidi » comme « Other Religious Group ») Statut juridique: liberté religieuse (Charte canadienne des droits et libertés 1982, sec. 2(a)) Reconnaissance du génocide: 25 octobre 2016, House of Commons Motion M-47 (313-0, unanime); 8 juin 2017, confirmation par le Sénat. La reconnaissance canadienne fut l’une des premières au monde.

Présence historique êzîdîe

Les Êzîdîs au Canada constituent une diaspora post-2014. Avant le génocide perpétré par Daech, il y avait moins de 100 Êzîdîs au Canada. « Operation Ezra » Winnipeg a démarré en 2015 comme initiative inhabituelle de solidarité juive-êzîdîe de la communauté juive de Winnipeg (Belle Jarniewski, Nafiya Naso, etc.), parrainage privé financé par dons. Le programme spécial « Survivors of Daesh » du gouvernement fédéral (Justin Trudeau, IRCC sous Ahmed Hussen) a officiellement pris en charge 1 200+ survivant·e·s du Sinjar 2017–2019 (majoritairement femmes et enfants à histoire de traumatisme particulièrement lourde). London (Ontario), Toronto, Calgary, Winnipeg sont les principaux centres.

Statut actuel des droits

De jure: protection complète par la Charte, citoyenneté canadienne facilitée pour les anciens réfugiés. De facto: organisation communautaire active. Centre culturel Êzîdî de Winnipeg, programmes scolaires Êzîdîs.

État souhaité

Prolongation des programmes d’accueil pour les familles survivantes encore en attente (plusieurs centaines de demandes en suspens depuis la fin du programme en 2019).

Chronologie

  • Avant 2014: <100 Êzîdîs au Canada
  • 2015: Operation Ezra Winnipeg démarre
  • 2016 (25 octobre): House of Commons M-47 (313-0)
  • 2017 (février): le gouvernement fédéral annonce le programme « Survivors of Daesh »
  • 2017–2019: 1 200+ survivant·e·s Êzîdî·e·s accueilli·e·s
  • 2018 (10 décembre): Nadia Murad se rend à Ottawa, audition au Senate Foreign Affairs Committee
  • 2019: programme officiellement terminé, familles restantes encore en traitement
  • 2022: la province de l’Ontario soutient la communauté êzîdîe de London avec un fonds spécial
  • 2024: 10e anniversaire d’Operation Ezra, nouvelle vague de parrainages privés

Persécution et oppression

Aucune au Canada. Discrimination scolaire ponctuelle (initiatives scolaires London ON 2018).

Politique du gouvernement

Le gouvernement Trudeau est activement pro-Êzîdî. Le programme spécial 2017–19 est un exemple international de meilleure pratique (avec la Basse-Saxe en 2015). La ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland (2017–19) s’est publiquement solidaire. IRCC (Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada) dispose de ses propres rapports d’origine sur les Êzîdîs en Irak.

Perspectives

Réaliste: diaspora stable et croissante. Le modèle Operation Ezra est cité dans le monde comme référence. Optimiste: politicien·ne·s d’origine êzîdîe attendu·e·s dans les parlements canadiens (années 2030). Préoccupant: un possible gouvernement conservateur pourrait ne pas poursuivre les programmes Survivors.

Sources

  • Charte canadienne des droits et libertés, sec. 2(a)
  • House of Commons Motion M-47 (25.10.2016): ourcommons.ca
  • Rapports annuels Operation Ezra 2015–2024: operationezra.com
  • IRCC « Survivors of Daesh and their Family Members Program » (2017–19), canada.ca
  • Auditions du Senate Foreign Affairs Committee 2018 (Nadia Murad)
  • Couverture CBC News yézidis Canada 2014–2024
  • Reportages Globe and Mail yézidis
  • Winnipeg Free Press « Operation Ezra » série de reportages
  • USCIRF section Canada 2024
  • Recensement Statistics Canada 2021 affiliation religieuse

27. Australie (Armidale NSW; Toowoomba QLD; Wagga Wagga NSW)

Population: 4 123 (Australian Bureau of Statistics recensement 2021, pour la première fois les Êzîdîs séparément dans l’Australian Standard Classification of Religious Groups ASCRG); estimations ONG jusqu’à 6 000 Statut juridique: liberté religieuse (Constitution australienne sec. 116) Reconnaissance du génocide: 1ᵉʳ septembre 2021, Chambre des représentants australienne (House of Representatives Federation Chamber Motion, introduite par Adam Bandt MP, Greens; transpartisane); le Sénat avait précédé le 24 août 2021.

Présence historique êzîdîe

Les Êzîdîs en Australie constituent une diaspora post-2014. Les premières familles arrivèrent via la réinstallation HCR après 2014. L’Australie a choisi la ville régionale d’Armidale (Nouvelle-Galles du Sud, ~26 000 habitants) comme site principal d’installation, l’une des intégrations régionales les plus réussies au monde. Toowoomba (Queensland), Wagga Wagga (NSW), Coffs Harbour (NSW) sont d’autres centres. Sydney et Melbourne ont de plus petites communautés.

Statut actuel des droits

De jure: liberté religieuse complète. Êzîdîs dans le recensement 2021 pour la première fois recensés comme religion propre (code ASCRG 6111 « Yezidi »), jalon administratif. De facto: le modèle Armidale est cité internationalement comme exemple: l’infrastructure d’intégration communale (cours de langue, thérapie du traumatisme, mise en relation pour l’emploi, programmes scolaires) a été construite de manière ciblée.

État souhaité

Élargissement des quotas du programme humanitaire, accélération du regroupement familial.

Chronologie

  • 2014: génocide perpétré par Daech, propositions de réinstallation HCR à l’Australie
  • 2015: premières familles êzîdîes en Australie
  • 2016: Armidale est choisie comme site d’intégration régionale (Settlement Services International + Armidale Regional Council)
  • 2017–2019: ~1 000+ Êzîdîs installés à Armidale
  • 2021 (24 août): le Sénat australien reconnaît le génocide
  • 2021 (1ᵉʳ septembre): la Chambre des représentants suit
  • 2021 (recensement): 4 123 Êzîdîs officiellement enregistrés (ASCRG 6111)
  • 2024: le modèle Armidale est documenté dans des études de l’University of New England (UNE) comme succès

Persécution et oppression

Aucune. Discrimination sociale ponctuelle dans les régions, résolue par le travail d’intégration communal.

Politique du gouvernement

Le gouvernement fédéral australien (Liberal–Coalition 2013–2022, Labor 2022+) a soutenu de manière constante l’accueil Êzîdî. Quotas spéciaux dans le « Special Humanitarian Programme » (SHP) et « Refugee and Humanitarian Programme ». La politique locale d’Armidale (maire Sam Coupland et al.) a établi des meilleures pratiques régionales.

Perspectives

Communauté stable et croissante. Armidale restera à long terme « petite Şingal » down under. La 2ᵉ génération grandit bilingue.

Sources

  • Constitution australienne sec. 116
  • Recensement ABS 2021 (codes religion ASCRG 6111), abs.gov.au
  • House of Representatives Hansard 01.09.2021
  • Senate Hansard 24.08.2021
  • Déclaration d’Adam Bandt MP 01.09.2021: adambandt.com
  • Rapports Settlement Services International
  • Rapports Armidale Regional Council « Yezidi Community Integration » 2017–2024
  • UNE Centre for Rural Criminology « Armidale Refugee Resettlement Studies »
  • USCIRF Australie 2024
  • Reportages ABC News yézidis Armidale 2017–2024

28. Brésil

Population: <300 Statut juridique: liberté religieuse (Const. 1988, art. 5) Reconnaissance du génocide: NON

Politique du gouvernement

Indifférente. Petite diaspora à São Paulo, Curitiba.

Sources

  • Constitution du Brésil art. 5
  • Archives diplomatiques Itamaraty
  • USCIRF Brésil 2024

29. Argentine

Population: <200 Statut juridique: liberté religieuse (Const. 1853, art. 14) Reconnaissance du génocide: NON

Sources

  • Constitución Argentina art. 14
  • Archives Cancillería
  • USCIRF Argentine 2024

30. Israël

Population: <100 (majoritairement venant d’Irak/Syrie via pays tiers) Statut juridique: liberté religieuse (Basic Law: Human Dignity 1992) Reconnaissance du génocide: 21 novembre 2018, Knesset REJETÉ 59-38

Politique du gouvernement

Cas étonnant: déjà en 2015, la Knesset avait soumis au vote une motion de reconnaissance du génocide. La vice-ministre des Affaires étrangères Tzipi Hotovely (Likoud) a plaidé contre la reconnaissance officielle, citation: « Israël devrait reconnaître le génocide contre les Êzîdîs, mais c’est politiquement difficile. » La motion a été rejetée par 59 voix contre 38. Justification de Hotovely: Israël ne peut pas reconnaître officiellement le génocide « à plusieurs reprises », et il s’agit de complications de relations extérieures avec la Turquie/l’Arabie saoudite (Times of Israel, 22.11.2018).

Ce rejet a été critiqué par les militants Êzîdîs du monde entier, précisément Israël, avec sa propre histoire de Shoah, garde le silence sur un génocide contemporain perpétré contre une minorité monothéiste.

Perspectives

Réaliste: Israël ne reconnaîtra probablement pas le génocide dans cette législature. La solidarité politique reste symbolique.

Sources

  • Times of Israel « Knesset rejects Yazidi genocide recognition » (22.11.2018)
  • Couverture Haaretz 21.11.2018
  • Jerusalem Post « Yazidi Genocide Debate » 2018
  • Protocole Knesset 21.11.2018
  • USCIRF Israël 2024
  • Archives des déclarations de Tzipi Hotovely

31. Japon

Population: <50 Statut juridique: liberté religieuse (Constitution art. 20) Reconnaissance du génocide: NON

Présence historique êzîdîe

Premiers Êzîdîs arrivés en 2015–17 comme réfugiés, certains via le programme de réinstallation ONU. Très petite communauté à Tokyo.

Politique du gouvernement

La politique d’asile du Japon est restrictive, peu de réfugiés Êzîdîs ont obtenu un séjour. Cependant actif dans les conférences des donateurs pour la reconstruction Irak/Şingal (2017–2024).

Sources

  • Constitution du Japon art. 20
  • MOJ Refugee Statistics Japan 2014–2024
  • Rapports HCR Japon
  • USCIRF Japon 2024

32. Émirats arabes unis (transit)

Population: 100–500 (travailleurs invités; pas de communauté permanente) Statut juridique: liberté religieuse restreinte; construction de temples non possible. Reconnaissance du génocide: NON

Politique du gouvernement

Les EAU n’offrent pas de statut d’asile pour les persécutés religieux. Les Êzîdîs sont présents comme travailleurs invités, ne peuvent pratiquer leur religion qu’en privé.

Sources

  • Constitution des EAU art. 32
  • USCIRF EAU 2024
  • Rapports Human Rights Watch EAU

Synthèse globale

Top 5 des pays aux meilleures conditions pour les Êzîdîs

  1. Arménie: pleinement reconnus, protection constitutionnelle, plus grand temple du monde (Aknalich)
  2. Allemagne: plus grande diaspora au monde (250 000+), reconnaissance du génocide par le Bundestag, contingents spéciaux, demande KdöR en cours
  3. Canada: Operation Ezra, programme 1 200+ survivants, reconnaissance parlementaire du génocide
  4. Suède: reconnaissance du Riksdag 2023, 20 000+ communauté, associations propres
  5. Australie: recensement 4 123+, programme d’intégration d’Armidale

Top 5 des pays aux pires conditions pour les Êzîdîs

  1. Turquie: pas de reconnaissance, manuels Diyanet stigmatisants, expulsion de fait achevée
  2. Iran: la Constitution ne reconnaît que 3 religions (Êzîdîs non), pression d’apostasie, pas de temples
  3. Azerbaïdjan: hostile à l’enregistrement, Êzîdîs de fait invisibles
  4. Syrie (Afrîn sous contrôle SNA): agressions continues, temples détruits, expropriation des terres
  5. Israël: symboliquement intéressant: a REJETÉ explicitement de reconnaître le génocide en 2018

Points chauds actuels de la persécution

  1. Şingal/Sinjar (Irak): frappes de drones turques, ligne de front KDP-Peshmerga – PMU, 2 700+ disparus
  2. Afrîn (Syrie): agressions SNA, destruction de temples, expropriation des terres
  3. Turquie (sud-est de l’Anatolie): discrimination structurelle, pas de protection pour 365 restants
  4. Iran (région d’Urmiye): pression d’apostasie, pas de reconnaissance officielle
  5. Région de Hesekê (nord-est de la Syrie): cellules dormantes de Daech, pression turque sur l’AANES

Perspectives globales

Réaliste: la diaspora en Allemagne/Canada/Suède formera la majorité démographique des Êzîdîs vivants dans les décennies à venir, le rapport au Heartland bascule. Şingal reste un territoire divisé, militarisé, sans retour durable.

Préoccupant: escalade turque, retombée du conflit Iran-Israël, annexion identitaire par le KDP-Peshmerga, perte linguistique à la 3ᵉ génération diasporique, résurgence de Daech dans les vides régionaux.

Optimiste: l’académisation progresse (Göttingen 2024, Forum Berlin 2024). Les poursuites pénales internationales fonctionnent (Francfort, Paris, Bruxelles, La Haye, Munich). Le Quba Mêrê Dîwan en Arménie devient un lieu de pèlerinage mondial. Les structures du ZÊD relient la diaspora.

Densité des sources

Total référencé: ~120 sources indépendantes à travers tous les pays. Moyenne par pays: 6–8 sources. Pays obligatoires (Heartland + diaspora forte): 8–12 sources par pays. Pays plus petits (Brésil, Espagne, Japon, EAU): 3–5 sources.

Lacunes de recherche ouvertes

  • La population êzîdîe en Iran est statistiquement presque entièrement non documentée
  • Recensement Azerbaïdjan 2009 avec 7 personnes n’est manifestement pas fiable
  • Données de recensement Russie 2021 sur les Êzîdîs pas encore publiées en pleine granularité
  • Japon, Chine (région du Xinjiang): pas d’estimations valides
  • Levant (Liban, Jordanie): petites populations de transit non recensées
  • Mexique, Amérique centrale: présence êzîdîe non confirmée
  • Afrique (Afrique du Sud, Égypte, Soudan): familles isolées documentées, mais pas d’études
  • Amérique latine: globalement peu étudiée

Notes méthodologiques

Ce document suit la pratique de au moins deux sources indépendantes par énoncé dans la mesure du possible. Pour les bilans humains, toutes les estimations existantes sont mentionnées (Yazda, ONU, OIM, KRG, Bagdad). Pour la population, les données officielles de recensement et les estimations d’ONG sont indiquées en parallèle.

Politiquement honnête: ce wiki nomme la politique d’annexion du KDP-Peshmerga (auteurs kurdes), la politique d’expulsion turque, la discrimination constitutionnelle iranienne et le rejet israélien du génocide pour ce qu’ils sont, sans euphémisme diplomatique. De même, les contributions politiques positives (Allemagne 2023, Arménie 2018, Canada 2016, Suède 2023) sont clairement reconnues.

Authenticité êzîdîe: les noms propres sont en translittération êzîdîe (kurmancî): Şingal, Şêxan, Lalîş, Bahzanî, Behzane. Les désignations locales (par ex. « Êzîdîstan » pour la région du Heartland) sont conservées. Les tabous du sirr sont respectés, le noyau interne des Heft Sirran n’est pas exposé.


Dernière mise à jour: 2026-05-22

La Yazidi (Female) Survivors Law de 2021 en détail

La « Yazidi Female Survivors’ Law » (en arabe قانون الناجيات الإيزيديات, loi n° 8/2021, adoptée par le parlement irakien le 1er mars 2021) est la première loi de réparation étatique complète en faveur des survivants d’un génocide dans l’histoire de l’Irak. Elle est en outre considérée comme la première loi au monde à instaurer un régime d’indemnisation durable et individuel spécifiquement destiné aux survivants de violences sexuelles liées à un conflit, au lieu d’une simple aide humanitaire d’urgence ponctuelle.

Bénéficiaires (art. 1–2) : La loi couvre non seulement les femmes et filles Êzîdî qui, depuis le 3 août 2014, ont été réduites en esclavage par l’EI, soumises à l’esclavage sexuel, mariées de force ou contraintes à l’avortement, mais aussi expressément (a) les enfants Êzîdî enlevés avant l’âge de 18 ans révolus, (b) les survivants de tueries de masse, ainsi que © les femmes et filles des minorités turkmène, chrétienne et shabak ayant subi des crimes comparables de l’EI. La loi qualifie expressément les crimes de l’EI de génocide et de crimes contre l’humanité.

Prestations de réparation (art. 5–6) : Sont prévus (1) une pension mensuelle à vie d’au moins le double de la pension minimale selon la loi unifiée sur les pensions n° 9/2014 ; (2) un terrain à bâtir assorti d’un prêt immobilier ou, à défaut, un logement gratuit ; (3) un quota de 2 % dans l’attribution des emplois publics ; (4) la réintégration à l’école et aux études avec exonération des limites d’âge ; (5) l’accès à une réhabilitation psychosociale et médicale dans des centres spécialement créés à cet effet. La loi oblige en outre le gouvernement à proclamer le 3 août journée nationale de commémoration et à faire avancer la recherche des personnes disparues.

Institution (art. 3) : La compétence revient à la Direction générale des affaires des survivants (General Directorate of Survivors’ Affairs, GDSA), nouvellement créée, au sein du ministère irakien du Travail et des Affaires sociales, dont le siège se trouve dans la province de Ninive. Elle gère la procédure de demande, qui a été mise en ligne en septembre 2022 avec le soutien de l’OIM (Organisation internationale pour les migrations) et de fonds des Pays-Bas, de l’Allemagne, de l’Australie, du Royaume-Uni et de l’USAID.

État de la mise en œuvre : La mise en œuvre est lente et conflictuelle. Les premières prestations concrètes n’ont été versées que le 1er mars 2023 (deuxième anniversaire), lorsque 24 survivants (21 femmes, 3 hommes) ont reçu les premières cartes de débit (MasterCard) pour le versement de la pension ; les prestations ont été calculées rétroactivement à compter de juin 2022. Jusqu’en février 2024, le gouvernement irakien indiquait avoir approuvé des paiements pour 1 651 survivants (847 femmes, 784 personnes enlevées alors qu’elles étaient mineures, 20 survivants de tueries de masse). Par la suite, plus de 2 000 demandes ont été approuvées, mais les versements effectifs n’ont concerné qu’un cercle nettement plus restreint. La pension mensuelle progresse, tandis que les autres composantes (terrain/logement, centres de santé, aide à l’éducation) sont restées largement irréalisées jusqu’en 2025 (C4JR « More than Ink on Paper », suivi sur 4 ans, 2025).

Lacunes structurelles et critiques : Des ONG (Amnesty International, Human Rights Watch, Yazda, Free Yezidi Foundation, Coalition for Just Reparations) critiquent plusieurs obstacles majeurs : (1) Depuis septembre 2022, la commission instituée en vertu de l’art. 10 exige que chaque demandeuse dépose au préalable, en Irak, une plainte pénale contre l’EI et fournisse le dossier d’enquête, une condition retraumatisante et quasi impossible à remplir pour les survivants vivant à l’étranger (surtout en Allemagne, en France, en Australie et au Canada) ; ce n’est que depuis novembre 2024 qu’un témoignage à distance est possible auprès des représentations consulaires irakiennes à Berlin, Francfort et Paris. (2) Des obstacles bureaucratiques tels que des tests ADN et des témoins. (3) Surtout : la loi exclut totalement les enfants nés de viols commis par l’EI et ne prévoit aucune solution pour eux. Comme le droit irakien de l’état civil enregistre ces enfants comme musulmans et que la communauté Êzîdî ne les accueille traditionnellement pas, la loi contraint de fait de nombreuses mères à choisir entre leur enfant et le retour dans la communauté, raison pour laquelle certaines femmes renoncent entièrement à déposer une demande (Just Security « No Way Home », 2024).

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